Édition du 16 avril 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Analyse politique

Les mots d'un président

Le petit roi de France couronné par l’oligarchie ainsi que sa cour d’aventuriers économiques élus comme la saveur du mois souffrent d’une profonde inculture politique. Et cela ne se manifeste nulle part ailleurs de manière plus flagrante que dans leur usage inconsidéré du langage. Laissons de côté ces élus incompétents qui se sont engouffrés dans une startup et qui se sont réveillés le lendemain avec le gouvernail d’un pays entre les mains pour nous concentrer sur quatre exemples fournis par leur gourou adepte de la pensée simpliste (ruissellement, innovation et autres incantations insignifiantes et jamais prouvées) baptisée très subtilement pensée complexe.

Révolution

Le petit caporal en polléon a signé une plaquette intitulé Révolution en 2016. Sans doute écrite par un spécialiste en communication, cette brève mais laborieuse hagiographie prétend, en mettant de l’avant la superbe du candidat à la présidentielle et ses idées « nouvelles », c’est-à-dire tous les poncifs du néo-libéralisme, révolutionner la société française. On n’emploie pas ce mot à la légère, surtout pas en France. Proposer les mesures les plus réactionnaires depuis la Seconde Grande Guerre est tout sauf une révolution. C’est une régression infâme. On voit d’ailleurs à quel point le petit-bourgeois est effaré lorsque se profile à l’horizon ne serait-ce que l’ombre d’une révolution sociale. Il est terrifié par les Gilets Jaunes.

Mensonge et vérité

Dans ses « vœux » du nouvel an, qu’on aurait mieux fait d’appeler « insultes », le marquis de la carabistouille affirme : « On ne construit rien sur le mensonge. » Donc, quand son gouvernement défend Benalla, puis ne le défend plus, ne sait pas qui il est, puis dit qu’il l’a congédié, puis lui passe deux passeports, en fait c’est trois, puis quatre, qu’il les a rendus, mais qu’en fait il les a repris. Tous ces mensonges qui se succèdent au vu et au su de la population, ça dit quoi sur la construction du « nouveau monde » macronien ?

Foule haineuse

Toujours dans ses insultes de la Saint-Sylvestre, le bravache hyperprotégé a essayé de nous tirer des larmes en se plaignant, le pauvre petit pitou, d’être la victime de foules haineuses qui « s’attaquent à la République, à ses représentants et à ses symboles ». D’abord, le président, s’il avait un peu de conscience politique, ne se prendrait pas pour la République. L’État, c’est moi, c’était Louis XIV, ça date de la royauté. La République a affranchi la population de ses souverains pour remettre la souveraineté au peuple. Ensuite, s’il avait un petit peu de connaissance historique, il trouverait les « Macron : Démission » bien tendres en comparaison des « De Gaulle : Au Poteau ! » qu’on entendait en mai 68. On n’a jamais ouï le Général gémir comme le Petit Poucet de l’Élysée.

Grand Débat
Le polichinelle qui fonctionne au logiciel oligarchique organise un grand débat où tous les sujets seront abordés et où il écoutera avant de faire deux mois plus tard un rapport complet. Dans la réalité, les rencontres sont encadrées au maximum, les Gilets Jaunes n’y sont pas invités, les lieux de rencontre sont sous une garde pléthorique et toute manifestation d’opposition est écartée à des kilomètres de distance. La procédure est simple : seuls des maires y sont conviés. Elles et ils parlent, puis le consultant en startup (je voulais dire le président) vient corriger le tir et expliquer pourquoi les intervenants se trompent et comment lui a raison. Confondre un débat avec un séminaire d’entreprise où les employéEs sont invitéEs à se faire expliquer comment doit fonctionner leur boutique, c’est la preuve la plus éclatante que le chef de la meute des chevaliers de la startup n’a pas la moindre idée de ce qu’est un débat politique. Il connaît encore moins le rôle de l’agora dans les affaires de la cité.

Cela dit, il faut se rappeler que l’excité brasseur d’affaires n’est qu’un épiphénomène : c’est Guignol et la main qui le manipule est celle de l’oligarchie. On peut même croire à sa sincérité dans ses affirmations grotesques comme « je ne dois rien à personne », de la même manière que dans son manque total d’empathie pour les personnes démunies. En effet, la capacité de voir globalement le système qu’il sert, la compréhension des enjeux sociaux ne font pas partie de son logiciel.

Si on avait besoin d’une preuve supplémentaire, on la trouverait dans son étonnante tirade lancée lors de l’un de ces fameux « débats » et dont le cœur était : « Ne croyez pas que si on rétablit l’ISF [impôt de solidarité sur la fortune] un seul gilet jaune va se porter mieux demain. » Comment peut-on être stupide au point de croire, ou de vouloir faire croire, que cinq milliards d’euros de plus dans les caisses de l’État ne peuvent pas aider à bonifier certaines mesures sociales ? Comment peut-on être inconscient de la sociologie politique au point de ne pas comprendre que l’adhésion à un gouvernement dépend du sentiment qu’il agit de manière juste ? Tout cela se peut quand on n’a pas cette possibilité de conscience dans son logiciel. Le petit caporal en polléon est un pur produit formaté par la pensée froide et inhumaine du capitalisme néolibéral.

LAGACÉ, Francis

Francis Lagacé

LAGACÉ Francis
8200, rue Hochelaga App. 5
Montréal H1L 2L1
Répondeur ou télécopieur : (514) 723-0415
francis.lagace@gmail.com.
www.francislagace.org
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