Édition du 18 janvier 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Mise à jour économique du ministre Girard : Des milliards en subventions indirectes aux entreprises et un généreux crédit d'impôt à certainEs membres de la classe moyenne

Le ministre des Finances du Québec est minimalement deux fois par année sous les feux de la rampe. Dans un premier temps, lors de la présentation de son budget annuel et, dans un deuxième temps, lors de la mise à jour budgétaire. C’est à ce deuxième type d’exercice auquel nous avons eu droit le jeudi 25 novembre 2021. Pour la présente occasion, les « bonnes nouvelles » semblaient nombreuses et « généreuses ». « Généreuses », mais pour qui au fait ?

En cette présente période de crise sociosanitaire, monsieur Girard, affiche une mine particulièrement réjouie, alors que plusieurs de ses collègues du Conseil des ministres nous en montrent une du genre plutôt triste. Il faut dire que la croissance économique est forte. Plus forte qu’anticipée en mars dernier. La pandémie, qui fait de nombreuses victimes et qui met à mal le réseau de la santé, ne semble plus avoir de répercussion négative sur la performance économique de la « Belle province ». Résultat, le ministre Girard nous annonce, à moins d’un an du prochain rendez-vous électoral, des milliards à sa disposition et un certain nombre de mesures de redistribution de cette manne inattendue parce que la croissance économique a été volontairement sous-évaluée au départ par son propre ministère.

Un communiqué racoleur

Dans le communiqué émis par le ministère des Finances à l’occasion de la mise à jour économique nous pouvons lire ceci :

«  Profitant d’une reprise économique exceptionnelle et de perspectives budgétaires favorables, le ministre des Finances, M. Éric Girard, annonce des initiatives additionnelles totalisant 10,7 milliards de dollars d’ici cinq ans, qui portent à 13,0 milliards de dollars le montant investi par le gouvernement depuis le budget de mars 2021 pour :

• aider les Québécois à faire face au coût de la vie ;

• contrer la rareté de main-d’œuvre et stimuler la croissance économique ;

• soutenir les familles et appuyer les communautés ;

• poursuivre les efforts visant à renforcer le système de santé.

Une croissance économique exceptionnelle en 2021

Grâce à la collaboration et à la grande capacité d’adaptation des Québécois et des entreprises, l’économie du Québec s’est rétablie plus rapidement que prévu. La croissance économique devrait atteindre 6,5 % cette année, une hausse de 2,3 points de pourcentage comparativement aux prévisions du budget de mars 2021. Cette croissance exceptionnelle dépassera celles du Canada et des États-Unis et même la moyenne mondiale.

La force de la reprise économique a un impact majeur sur les finances publiques

La situation budgétaire du Québec est, elle aussi, plus favorable que ce qui avait été prévu dans le budget de mars dernier. Ainsi, le déficit budgétaire pour cette année est maintenant évalué à 6,8 milliards de dollars après le versement des revenus consacrés au Fonds des générations, soit 5,4 milliards de dollars de moins qu’anticipé. »

http://www.finances.gouv.qc.ca/MAJ2021/documents/fr/COMFR_20211125.pdf. Consulté le 29 novembre 2021.

Bref, après en avoir entendu de toutes les couleurs au cours des dernières années au sujet de l’état pitoyable des finances publiques du Québec, nous voici donc en tête du peloton grâce à une « croissance exceptionnelle (qui) dépassera celles du Canada et des États-Unis et même la moyenne mondiale. » Qui l’aurait cru qu’après nous être fait asséner les oreilles année après année, au cours des quatre dernières décennies environ, que la situation économique du Québec (et, par ricochet, celle des finances publiques) était déplorable, nous nous retrouverions en première position nord-américaine ? Qui l’aurait cru ? Pas l’auteur des présentes lignes.

Au sujet de certaines des mesures tordues de ce « mini-budget »

Le mini-budget présenté jeudi dernier prévoit notamment des mesures comme le versement d’une prestation exceptionnelle pour le coût de la vie de 400 $ pour un couple et de 275 $ pour une personne vivant seule dans une situation de revenu faible ou moyen (c’est-à-dire moins de 56 000,00 par année). Une bonification du montant pour le soutien des aînés de 70 ans ou plus. Un programme de « bourses incitatives » dans certains programmes ciblés de l’ordre de 9 000,00$ à 20 000,00$ (selon le niveau d’études et la durée du programme). Un crédit d’impôt bonifié de l’ordre de 1,1 milliard de dollars (sur cinq ans) pour frais de garde d’enfants. Au sujet de cette mesure, dans le communiqué du ministère des Finances il est même précisé ceci : « Cette bonification représente une économie annuelle pouvant atteindre 1 310 $ pour une famille dont le revenu se situe entre 60 000 $ et 100 000 $. Environ 385 000 familles verront leur coût de garde réduit grâce à cette bonification. »

Il s’agit en somme d’un mini-budget qui a les apparences de mieux répartir la richesse, mais qui, à plusieurs égards, correspond à des subventions directes aux entreprises et à un généreux crédit d’impôt pour les familles qui appartiennent à la catégorie de la classe moyenne qui ont des enfants dans un service de garde privé. Pourquoi ce jugement sévère ? Parce que ce mini-budget ne tient pas compte de la revendication d’augmentation du salaire minimum à 18,00$ de l’heure ni du gel des frais de scolarité à l’université et ni non plus des demandes d’accorder un rattrapage salarial équitable pour la totalité des salariéEs syndiquéEs du réseau public des Centres de la petite enfance.

Conclusion

Dans le communiqué émis par le ministère des Finances le 25 novembre dernier on nous annonce que pour l’année 2021-2022 l’inflation « pourrait atteindre près de 4,0 %. » Pas un mot dans ce communiqué et dans les journaux au sujet des augmentations salariales de 2% par année pour les 550 000 salariéEs syndiquéEs des secteurs public et parapublic qui sont à environ 75% des femmes. Pas un mot non plus sur le nombre de salariéEs syndiquéEs des secteurs public et parapublic qui auront droit à ce chèque qui sera émis au début de l’année 2022 de 400,00$ pour un couple ou de 275,00$ pour une personne vivant seule pour « faire face au coût de la vie ».

Ce lourd silence est tout simplement outrageant. Se pose ici une question : comment se fait-il que le gouvernement du Québec prétende ne pas avoir les moyens de garantir la pleine protection du pouvoir d’achat à la totalité de ses salariéEs syndiquéEs ? Sous-question : Pourquoi les députéEs de l’opposition ne soulèvent-elles ou ne soulèvent-ils pas cet enjeu lors de la période des questions à l’Assemblée nationale ?

Yvan Perrier

29 novembre 2021

9h30

yvan_perrier@hotmail.com

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sur le même thème : Québec

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...