Édition du 31 janvier 2023

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections fédérales 2011

Réponse à l'éditorial du 12 avril "Pour vaincre la droite, la gauche doit s'organiser »

Membre du Socialist Project, représentant national du Département d’éducation des TCA, à la retraite

J’ai lu avec une certaine consternation l’éditorial du 12 avril « Pour vaincre la droite, la gauche doit s’organiser ». En tant que résident anglophone de Toronto, je n’ose pas conseiller la bonne stratégie électorale aux militantes et militants de gauche du Québec. Mais l’éditorial contient certains malentendus par rapport à la réalité politique du NPD, telle que perçue par le « reste du Canada » (ROC).

Pour la majorité de la gauche anticapitaliste et socialiste du reste du Canada, le NPD ne représente pas une véritable « alternative politique. » Il s’agit d’un parti social-démocrate, qui, dans l’univers néolibéral de nos jours, accepte la dépendance du système d’accumulation privée. Cela place le parti en conflit avec sa défense, plutôt tiède, des programmes sociaux qui sont sous attaque de la part du monde des affaires et de l’ensemble des partis présentement au pouvoir au Canada (et ailleurs dans le monde). Car des réformes qui auraient pour effet de limiter le pouvoir du capital et de renforcer les droits des travailleuses et des travailleurs constituent des obstacles à l’austérité et à la restructuration, exigées par le patronat au nom de la compétitivité à ce moment d’intensification néolibérale. Le NPD et les autres partis sociaux-démocrates n’ont pas de réponse à cette réalité. En opposition, ils peuvent offrir une critique modérée des politiques des partis plus directement orientés sur les intérêts du monde des affaires. Mais ils sont incapables de présenter une alternative réelle à ces politiques. Ils ne vont pas proposer les réformes nécessaires pour protéger les travailleuses et les travailleurs. Et ils ne vont certainement pas remettre en cause le système comme tel.

Il reste peu de socialistes au Canada anglais qui considèrent le NPD autrement que comme une sorte de « moindre mal », qui peut parfois présenter des candidatures intéressantes individuelles dans des circonscriptions et qui auront l’appui de la gauche. Pour dire vrai, la gauche du Canada anglais est troublée et ne sait pas trop comment se comporter pendant les élections. Car il n’y a aucun parti ou mouvement politique qui s’identifie avec les intérêts de la classe ouvrière et qui rejette la logique et les politiques du capitalisme néolibéral. Nous avons peur évidemment de la droite dure des Conservateurs de Harper et nous nous y opposons. Nous n’avons pas non plus d’illusions au sujet des Libéraux d’Ignatieff. Mais nous ne pouvons pas nous identifier aux appels de Layton en faveur « des familles » et de « la classe moyenne ».

Si nous voulons tout faire pour bloquer la voie à Harper, nous sommes divisés sur la question à savoir si une coalition des autres partis serait préférable. Et nous sommes diviséEs quant à l’effort et les ressources à consacrer au soutien à l’un ou l’autre candidat-e du NPD, dont certains sont plutôt progressistes, mais dont toutes et tous sont liéEs à une plate-forme qui, au fond, est une version plus douce du néo-libéralisme, de ce qu’on appelle en français le « social-libéralisme ».

Le mouvement syndical est également divisé et partagé dans ses relations avec le NPD. Bien qu’il tende encore à appuyer le parti, le lien organique qui existait autrefois entre le parti et le mouvement s’est considérablement affaibli. Les tristes expériences des gouvernements NPD en Ontario (sous Bob Rae, aujourd’hui député libéral), en Colombie-Britannique, et dans les provinces des prairies ont appris aux syndicalistes que le NPD n’est pas la réponse au néolibéralisme, même si à certains égards ils peuvent être préférables aux autres. D’autre part, l’absence d’une véritable alternative pour la classe ouvrière et la crainte d’une majorité de la droite dure sous Harper poussent souvent les syndicats à des votes stratégiques. Une autre option est de se concentrer sur la mobilisation pour appuyer des candidatures individuelles ou autour d’enjeux considérés critiques.

D’un point de vue politique, nous nous trouvons dans une espèce de période de transition. La classe ouvrière n’a pas de représentation politique. Il n’y a pas de mouvement socialiste en mesure d’agir dans l’arène électorale - ou entre les élections – comme force mobilisatrice, éducatrice, et organisatrice. Nos options sont donc limitées et nos efforts principaux vont à la création des conditions pour la construction d’une telle option politique. Et nos choix électoraux – pour qui voter, qui appuyer — sont donc limités et peu emballants. Nous comprenons qu’avoir davantage de députéEs NPD limiterait les dégâts. Mais on ne doit pas prétendre que le NPD est une option politique valable.

Nous suivons toutes et tous avec intérêt l’expérience de Québec solidaire. Nous avons aussi certaines expériences qui nous sont propres, comme l’Assemblée de travailleuses et de travailleurs de Toronto métropolitain. Mais nous sommes encore loin de la construction d’un parti qui pourrait faire avancer réellement la cause de la classe ouvrière. Québec solidaire devrait peut-être chercher à développer des rapports avec la gauche socialiste et anticapitaliste du reste du Canada. Il y a bien des gens intéressés à tisser des liens et à connaître vos expériences.

Sur une autre note, il est problématique de tracer un parallèle entre l’unification de la droite dure sous le parapluie du Parti conservateur du Canada, et l’unification de « la gauche » - les libéraux, le NPD et le Bloc – comme alternative. Quelle que soit la forme d’alliance que ces partis pourraient former pour renverser ou remplacer les Conservateurs au pouvoir — et quelques améliorations politiques que cela puisse apporter – nous de la gauche aurons peu d’influence sur les résultats. Il est évident que bien du monde de la gauche au Canada anglais, moi inclus, préférerait une telle éventualité. Mais les deux regroupements opèrent dans le même cadre néolibéral et ils ne le remettront pas en cause. Ne qualifions donc pas cette coalition potentielle de « gauche ».

Notre défi est de créer quelque chose de nouveau.

Traduit de l’anglais par David Mandel

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