Édition du 1er décembre 2020

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Québec

Solidaire et Parti québécois : même déclin ?

Affirmer que le Parti québécois se trouve à l’agonie ou du moins très affaibli est devenu un lieu commun tant cette évidence s’impose aux commentateurs politiques et à l’opinion publique. Il faut dire que ce parti compte cinquante-deux chandelles, qu’il a subi deux défaites référendaires, que ses politiques souvent d’inspiration rétrolibérale ont beaucoup contribué à le discréditer ; mais il a aussi connu ses grands moments, ayant formé le gouvernement du Québec de 1976 à 1985, de 1994 à 2003 et brièvement en 2012-2013. Il a aussi formé l’opposition officielle à l’Assemblée nationale pendant longtemps. Les prochains mois seront déterminants pour connaître son sort final.

Toutefois, le parti a perdu son aile droite au profit de la Coalition avenir Québec (la CAQ) et son aile gauche à celui de Québec solidaire, fondé en 2006 en réaction aux politiques restrictives mises en place par les directions péquistes successives depuis le début des années 1980.

Tout d’abord sous la gouverne de Françoise David et d’Amir Khadir, le petit parti de gauche s’est hissé à la force des poignets, passant d’un très modeste pourcentage du vote durant les scrutins initiaux auxquels il a participé au glorieux 16% lors de celui de 2018, délogeant même de peu le Parti québécois en termes de députés élus.

Hélas, depuis, le parti a régressé de 16% à 10% pour remonter, selon le dernier sondage à...11%. Son ambition de supplanter le Parti québécois s’effrite à vue d’œil.

À quoi tient un tel revers et existe-t-il des moyens de renverser cette tendance ? Est-elle irréversible ?

On peut aligner des causes immédiates et d’autres plus profondes. Parmi les premières, on observe le renoncement à l’Assemblée constitutionnelle ouverte au profit de celle qualifiée de fermée, c’est-à-dire réservée aux seuls souverainistes, ce qui lui a fait perdre des militants et militantes plus socialistes que nationalistes. On peut aussi citer son opposition obtuse à la loi 21 sur la laïcité, une mesure législative appuyée par une bonne majorité de Québécois et de Québécoises.

Si on regarde plus en profondeur, on s’aperçoit que la direction solidaire commet une erreur similaire à celle de l’équipe Trump aux États-Unis (excusez le rapprochement) : celle de se replier sur sa base, sans vraiment chercher à l’élargir. Dans un régime libéralo-électoral comme le nôtre, la seule manière dont dispose une formation politique marginale de se rapprocher du pouvoir et de le conquérir un jour consiste à aller chercher l’appui de segments de l’électorat susceptibles de se rallier à sa cause mais qui s’en abstiennent parce que certains éléments du dit programme le rebutent. Le sens du compromis, de la concession et de l’évolution politique se révèle donc indispensable pour grandir, ce qui semble faire défaut à l’actuelle direction solidaire. L’aile parlementaire de Québec solidaire ressemble à un groupe communautaire.

Sous la férule de la présente direction, le parti piétine et même régresse, ce qui augure mal pour l’avenir. Assisterait-on dans le cas de Québec solidaire à un processus de vieillissement accéléré ?

Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé donnent l’impression de gérer le parti à la petite semaine, sans plan cohérent pour le long terme. Y a-t-il une possibilité de changer cet état de choses ?

Il faudrait tout d’abord des responsables plus dynamiques et possédant plus de sens politique que le duo Dubois-Massé, lequel en dépit d’indéniables qualités personnelles, ne s’est pas montré à la hauteur de ses prédécesseurEs Françoise David et Amir Khadir. En particulier, Gabriel Nadeau-Dubois s’avère aussi mauvais co-chef de parti qu’il avait été bon leader étudiant. Aurait-il atteint son niveau d’incompétence ?

Ensuite, un changement d’orientation s’impose, surtout pour ce qui regarde la souveraineté, si le parti veut augmenter son audience parmi l’électorat et rallier les électeurs et électrices nationalistes mais non indépendantistes.

Enfin, se pose la GROSSE question : celle des rapports entre Québec solidaire et le Parti québécois. Ces deux formations se neutralisent mutuellement, mais même si le PQ se sabordait, il n’est pas certain que Québec solidaire pourrait attirer en son sein beaucoup de ses partisans et partisanes.

Pourrait-on envisager alors une alliance entre les deux partis ? La réponse ne va pas de soi. Elle pourrait être positive si le nouveau chef péquiste et sa garde rapprochée consentaient à renoncer sans équivoque aux politiques à saveur rétrolibérale au profit d’autres authentiquement social-démocrates. Ce devrait être une condition préalable à tout rapprochement entre les deux partis ; accepter aussi le principe d’une assemblée constitutionnelle ouverte, si Québec solidaire (comme ce serait souhaitable) y revient lui-même.

Que résulterait-il de cette possible alliance ? Difficile à dire, mais si deux des trois partis d’opposition n’unissent pas leurs efforts pour contrer le gouvernement caquiste, celui-ci risque de s’incruster au pouvoir pour encore longtemps.

On peut aussi se demander, dans l’hypothèse où le Parti québécois et Québec solidaire continuent à se regarder en chiens de faïence, si le Parti libéral ne retrouverait pas ses chances de renouer avec sa vocation de formation politique majeure.

Est-ce vraiment ce que l’on veut ?

Jean-François Delisle

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