Édition du 15 décembre 2020

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Le blogue de Pierre Beaudet

États-Unis : ça va barder

Chaque jour, la victoire de Joe Biden se confirme. En même temps, le clan Trump persiste et résiste avec l’appui de la majorité des responsables et élus du parti républicain. Les appels au « gros bon sens » qui proviennent de l’élite politique et économique et des grands médias ne semblent pas faire fléchir, jusqu’à date, le cher Donald. Je penserais cependant que cela va finir par finir et que Biden pourra commencer son mandat. Mais attention ! C’est la coalition de l’ultra-droite et de la droite qui a gagné les dernières élections. Au-delà des 70 millions de votes pour Trump les républicains dominent le sénat, ainsi que la majorité des états où les législatures locales sont remplies à craquer de trumpistes. Biden arrive dans ce contexte comme un cheveu sur la soupe. Et c’est pour cela qu’il a déjà annoncé ses couleurs en disant qu’il voulait être « inclusif », ce qui veut dire, en clair, qu’il veut « gouverner » avec les républicains. La présidence de Biden sera probablement une saison en attente, avec un parti démocrate qui cherche à se replacer au centre-droit face à des républicains qui sentent le sang.

Nos ami-es de la gauche

La situation serait vraiment déprimante si on occulte la percée de la gauche. Elle est petite, mais significative. Agissant sous le drapeau du parti démocrate, les militant-es des Democratic Socialists of America, ont considérablement augmenté leurs votes, de même que leurs membres inscrits (près de 80 000). Les 4 combattantes de ce qu’on appelle le Squad, Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, Rashida Tlaib et Iman Jodeh ont été réélues avec des majorités plus importantes. Une bonne demi-douzaine de candidat-es appuyés par DSA seront également sur le bancs de l’Assemblée des représentants, la deuxième chambre au niveau fédéral, à côté du Sénat encore dominé par les républicains. Parallèlement, des DSA ont marqué plusieurs bons points dans les assemblées locales, notamment dans l’État de New York, sur la côte ouest et à Chicago. La force de la gauche émerge, tout en étant fragile (en pourcentage, cela devrait représenter 3-4%). Elle est contrainte du fait qu’elle fonctionne à l’intérieur du parti démocrate, dont les dirigeants sont globalement hostiles aux revendications plutôt modestes comme la mise en place d’une assurance-santé universelle. Dans ce contexte, le choix des socialistes américains de fonctionner dans ce parti était imposé par les circonstances, dans un système qui ne donne aucune chance à ceux qui agissent en dehors d’une alternance qui a été pensée à l’origine pour maintenir la suprématie de la droite, quel que soit le parti qui gagne ou perd les élections.

De grandes confrontations à l’horizon

En attendant, nos ami-es de DSA et des mouvements populaires ne s’attendent pas à grand-chose de Biden. Certes, le projet proto fasciste de Trump n’aura plus les mêmes capacités, ce qui est un apaisement temporaire qui pourrait même faciliter l’organisation populaire. Des syndicats militants, par exemple, ont remporté quelques référendums en faveur du salaire minimum à $15 de l’heure, dans un pays où des millions de travailleurs et de travailleuses n’ont même pas les moyens d’aller au dentiste. L’an dernier, de puissantes grèves spontanées ont paralysé les écoles où les enseignantes sont sorties par milliers pour réclamer le droit de vivre décemment. Il n’en reste pas moins que les gros bastions ouvriers qui restent (dans le secteur industriel en plein déclin) demeurent assez passifs. Pour DSA, il faut sortir de la zone de confort dans les grandes villes (comme New York et Los Angeles) et dans les universités pour aller vers le peuple dont une partie significative a acheté le discours populiste de droite de Trump. Un facteur facilitant ressort des puissantes mobilisations antiracistes de l’été dernier où, fait à signaler, plusieurs milliers de jeunes Blancs se sont joints au mouvement animé par des dizaines de milliers d’Africains-Américains.

Et nous ?

Les crétins qui sévissent à Ottawa et à Québec, de même que les élites économiques, se disent « soulagés ». C’est une mauvaise blague bien sûr, y compris sur le terrain de la politique internationale de Biden qui va ressembler énormément, les grossièretés en moins, à celle de Trump. Il n’y a pas grand-chose qui va changer par rapport aux enjeux climatiques, aux agressions aux quatre coins de la planète, à l’essor d’une sorte de nouvelle guerre froide avec la Chine et même avec le protectionnisme qui entrave au Canada des secteurs comme l’acier, le bois d’œuvre et l’aluminium. De notre côté, il faudrait voir comment travailler plus et mieux avec les camarades états-uniens. Dans une approche altermondialiste concertée, il y aura des intersections à explorer et des batailles à mener ensemble.

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