Édition du 29 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections québécoises 2022

Face-à-face entre les leaders des partis politiques (prise deux)

Mes impressions livrées en vrac

Le débat du 22 septembre 2022 ne m’a pas véritablement atteint. J’ai trouvé que de confier l’animation d’un tel événement à une seule personne, qui ne disposait pas de toutes les informations pour contrer la propagande mensongère du premier ministre Legault, correspondait à un exercice, à l’occasion, futile.

Pourtant, Radio-Canada dispose d’une puissante équipe de journalistes aguerriEs et spécialiséEs qui auraient pu poser des questions solidement documentées et intervenir à tout moment en vue de rétablir les faits, surtout quand un politicien ou une politicienne sur la sellette se mettait à dire n’importe quoi. De plus, de donner la parole aux quidams, en les présentant comme des personnes qui ont la solution à certains problèmes que nous rencontrons en éducation, m’a coupé le souffle. La jeune enseignante, qui n’a que deux années d’expérience dans la profession, peut avoir une opinion sur ses conditions de travail, mais pas nécessairement la solution à l’ensemble des problèmes de l’enseignement élémentaire et secondaire. François Legault a pu répéter, pour une deuxième semaine consécutive, qu’il avait augmenté les salaires des enseignantEs de 15% lors de la dernière ronde de négociation dans les secteurs public et parapublic. Ni l’animateur ni les leaders des autres formations politiques ne lui ont dit que c’était faux. Le seul moment que j’ai trouvé vraiment politique durant ce talk-show s’est produit lors d’un échange entre Dominique Anglade et François Legault au sujet du recul des femmes depuis que la CAQ est au pouvoir. François Legault prétend que sous sa gouverne les femmes ont fait des pas en avant. En appui à cette assertion, il a mentionné les primes, les bonus et les augmentations de salaire qu’il a accordés à certaines catégories d’emploi composé en majorité de femmes (éducatrices, enseignantes, préposées aux bénéficiaires). Manifestement, monsieur Legault est incapable de saisir le réel dans toute sa complexité. L’amélioration du sort de quelques-unes ne permet pas de dire que l’ensemble y gagne. Monsieur Legault a encore une fois répété que les travailleuses et les travailleurs se négocient, dans la conjoncture actuelle de pénurie de main-d’œuvre, d’alléchants contrats de travail. Personne ne lui a demandé quelles offres il se prépare à présenter à ses 550 000 salariéEs syndiquéEs (qui sont à environ 75% des femmes) des secteurs public et parapublic. Hâte de voir comment va se conclure la prochaine ronde de négociation dans ces deux secteurs essentiels à notre qualité de vie collective.

La vision chiffrée et le projet de société de François Legault

Nous avons un premier ministre qui a une vision chiffrée de la réalité. Son projet de société consiste en ceci : réduire l’écart de la richesse entre le Québec et l’Ontario. Pour chacun des problèmes qui interpellent l’État (santé, éducation, logement, indexation, transport, alouette !) il met de l’avant une seule solution : de l’argent pour certains programmes bien précis. En tout cas, il semble y en avoir beaucoup d’argent présentement dans les coffres de l’État. François Legault entend, pour les quatre prochaines années, réduire les impôts tout en distribuant à gauche et à droite des primes, des bonus, des chèques, des bourses d’études ciblées dans certains programmes scolaires où il y a une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, etc.. Plusieurs des mesures ponctuelles qu’il met de l’avant sont susceptibles d’alimenter l’inflation. Il n’y a aucune véritable mesure structurante susceptible de renverser les tendances qui accentuent en ce moment certains problèmes sociaux criants. Il y a une crise du logement, les loyers augmentent, le panier à l’épicerie est plus coûteux que jamais, sa solution consiste à envoyer deux chèques par année (entre 400$ et 600$ à celles et ceux qui ont des revenus annuels inférieurs à 50 000 ou à 100 000$). Pour ce qui est de notre vie démocratique et de la réforme des institutions (réforme du mode de scrutin, participation égalitaire des femmes dans les lieux de pouvoir), il laisse les intellectuelLEs débattre de ces questions. Au sujet de notre avenir politique au sein du Canada ? Six milliards de plus en santé en provenance d’Ottawa, lui semble la solution à son problème dans ce champ de compétence provincial. En matière d’immigration, il revendique une chose illusoire : les pleins pouvoirs dans ce champ de compétence partagé et assujetti aux dispositions de la Charte canadienne des droits et libertés.

L’adversaire de François Legault

François Legault assistait et participait à ce débat du 22 septembre dernier surtout pour attaquer le porte-parole de Québec solidaire. Étrange stratégie, car s’il y a un chef rival susceptible de gruger ses appuis électoraux ce n’est pas Gabriel Nadeau-Dubois, mais bien plutôt le chef du Parti conservateur, Éric Duhaime. Quoi qu’il en soit, les quatre autres chefFEs des autres formations politiques étaient là pour s’attaquer à François Legault.

Rien sur la présente gestion gouvernementale de la COVID-19

J’ai été étonné que personne n’interpelle François Legault au sujet de la présente gestion gouvernementale de la COVID-19. Depuis que nous ne sommes plus en période dite « d’urgence sanitaire », il n’est pas certain que les personnes atteintes de cette maladie virale respectent les normes à appliquer durant la période où elles sont contagieuses. Quel est donc le rôle du gouvernement du Québec en matière de prévention de la contagion de ce virus toujours présent parmi nous ? Laisser la liberté aux gens de porter ou non le masque dans les lieux publics n’est pas une solution qui incite réellement à la responsabilisation individuelle. Il s’agit là d’une mesure qui encourage et incite plutôt à la déresponsabilisation.

La CAQ toujours en tête dans les sondages et un avenir bloqué

La Coalition avenir Québec caracole présentement dans les sondages. Aucun des partis de l’opposition ne constitue une véritable menace pour le gouvernement sortant. La victoire de François Legault ne sera pas nécessairement aussi éclatante que celle qu’il espérait obtenir en août dernier. Si les résultats qu’il récolte le 3 octobre prochain ne sont pas ceux qu’il anticipait, il n’aura qu’à s’en prendre à ses talents de gaffeurs. Qu’on se le dise, François Legault n’a pas la stature des Lesage, Lévesque, Parizeau et Landry. Sa compréhension de la réalité ne repose que sur un seul filon : l’argent… Alors que quelques-uns de ses prédécesseurs voyaient grand pour l’avenir du Québec, Legault pour sa part nous promet une gestion à la petite semaine, des baisses d’impôt substantielles, un troisième lien, un nouveau barrage électrique, des primes, des bonus et des revendications impossibles à négocier d’une manière satisfaisante avec le gouvernement central. Avec Legault au pouvoir pour encore quatre ans, qu’on se le dise, notre avenir reste bloqué.

À quand un animateur robot ?

Ce spectacle télévisuel m’a semblé en grande partie futile (mais pas complètement inutile) en raison du fait que l’animateur semblait lire un texte prérédigé qui défilait sous ses yeux. Le seul moment où il est sorti de son texte « scripté », c’est quand Dominique Anglade a promis un médecin de famille à tous les Québécois. « Vraiment, est-ce qu’on peut croire à ça ? », a alors demandé Patrice Roy. Quoi qu’il en soit, tout au long de ces deux heures, je me suis souvent demandé : « À quand un animateur robot ? »

Un débat qui est souvent resté à la surface des choses et un moment digne d‘intérêt

Non, ce ne fut pas une bonne soirée. Non, je n’ai pas véritablement été plus éclairé sur les enjeux de la présente campagne électorale ni non plus sur les grandes solutions que mettent de l’avant les différents partis politiques. Certains thèmes ont été abordés (exemple, le temps supplémentaire obligatoire (TSO) dans les hôpitaux) sans aller plus loin dans les explications et les solutions. Ce deuxième débat en sept jours est souvent resté à la surface des choses. Les participantEs se sont, à certains moments, attaquéEs à certains aspects de leur personnalité (à titre d’exemple, mentionnons ce passage durant lequel Paul St-Pierre Plamondon a accusé François Legault d’être un « climatosceptique de la langue »). Comme fait marquant de ce débat des chefFEs l’histoire retiendra que le premier ministre François Legault a accusé Gabriel Nadeau-Dubois de « jouer au pays des merveilles ». GND a, pour sa part, accusé François Legault « de faire peur au monde ». Il y a quand même un moment que j’ai trouvé digne d’intérêt. Ce moment est celui où les Nadeau-Dubois, St-Pierre-Plamondon et Duhaime ont demandé au premier ministre Legault de laisser parler Dominique Anglade. De la grande courtoisie qui semblait exempte de partisanerie.

Conclusion

En conclusion, il s’agissait d’un deuxième débat que je n’irai pas écouter une deuxième fois. En fermant mon téléviseur, je me suis demandé, mais qui des cinq participantEs à ce dernier débat de la présente campagne électorale sera là en 2026 ? C’était donc un débat sans grande importance pour François Legault tant il est convaincu de sa victoire et un débat de la dernière chance pour les Anglade. St-Pierre-Plamondon et Duhaime. Peut-être s’agissait-il d’un débat préparatoire pour la campagne électorale de 2026 pour Gabriel Nadeau-Dubois. Qui vivra verra.

Yvan Perrier

24 septembre 2022

10h45

yvan_perrier@hotmail.com

Ajout
25 septembre 2022
18h15

Pour ce qui est des erreurs, des mensonges ou des omissions de François Legault concernant sa défense des femmes durant les quatre dernières années, je vous recommande la lecture de l’article de Charlotte Marschall paru dans la revue Pivot https://pivot.quebec/2022/09/23/debat-des-chefs-legault-se-felicite-de-defendre-les-femmes-mais-se-trompe/. Consulté le 25 septembre 2022.

Ajout
27 septembre 2022
10h45
Titre : Augmentation salariale des enseignantEs de l’élémentaire et du secondaire
Sous-titre : « La vérif… » comme ils disent à Radio-Canada

J’ai sous les yeux un communiqué émis par la FAE au sujet du deuxième débat des chefs qui a eu lieu le 22 septembre dernier. Lors de ce show politique télévisuel, le premier ministre François Legault a répété (pour une deuxième semaine consécutive) que les enseignantEs avaient obtenu une augmentation salariale de 15% lors du renouvellement de leur convention collective.

https://www.pressegauche.org/La-FAE-reagit-au-deuxieme-debat-des-chefs. Consulté le 27 septembre 2022.

À la lecture de ce communiqué, vous serez en mesure de constater qu’étrangement il n’y a aucune allusion à cet énorme mensonge colporté par François Legault les 15 septembre (TVA) et 22 septembre (Radio-Canada). L’auteur des présentes lignes tente de rejoindre la direction politique ou une personne des communications de la FAE à ce sujet. J’attends toujours…

Du côté de la CSQ, au sujet de la supposée augmentation de 15%, la précision suivante a été apportée :

« Faux. Le salaire des enseignantEs n’a pas augmenté de 15%, mais plutôt de 11% en moyenne. Ça n’a même pas permis de rattraper la moyenne canadienne. C’était pourtant l’objectif. » (Source : CSQ).

Il me semble que la moindre des choses, quand une organisation syndicale entend un premier ministre mentir au sujet des conditions de travail et de rémunération de ses membres, consiste à rectifier sur le champ les faits. Morale de cette histoire ici : entre la FAE et la CSQ il y en a une qui a pris le temps de rétablir les faits avec célérité.

Yvan Perrier
27 septembre 2022
10h45
yvan_perrier@hotmail.com

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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