Édition du 3 décembre 2019

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Le blogue de Pierre Beaudet

J’ai mal à mon vote

Hier je suis allé voter. Cela me forçait un peu. Je n’ai jamais été un fan des élections. Ce « devoir citoyen » est pour la plupart du temps tronqué, atrophié. Au Canada comme aux États-Unis, on est devant une fausse alternance entre des projets essentiellement de droite. Le vote individuel compte très peu dans la balance, puisque le parti qui gagne les élections reçoit habituellement moins de 30 % des votes des électeurs. De temps en temps, il y a des exceptions. Toute proportion gardée, l’élection du PQ en 1976 fut parmi ses moments hors de l’ordinaire, puisque cela surgissant d’une lutte populaire très intense. On peut dire que la dernière élection québécoise en 2018 l’a été aussi puisque la gauche est sortie de l’obscurité. Le principal facteur, je crois, a été l’élan des jeunes.

Bon aujourd’hui avec l’élection fédérale, il n’y pas grand-chose de marquant. J’ai voté chez moi pour Zahia el-Masri, la candidate du NPD. Zahia est une militante depuis longtemps impliquée avec la cause palestinienne. Il faudrait un petit miracle pour qu’elle passe, mais sait-on jamais. J’ai voté pour la candidate, mais pas vraiment pour le parti. Le NPD, globalement, ne va nulle part, un doublon du Parti Libéral sur presque toutes ls grandes questions. Durant la terrible période où un escroc politique du nom de Thomas Mulcair a été le grand cheuf, le NPD s’est signalé dans le mauvais sens du terme. Parlons de la politique extérieure, un dossier avec lequel je suis davantage familier. Mulcair et sa porte-parole dans ce dossier, Hélène Laverdière, se sont retrouvés dans l’optique de la droite traditionnelle. On appuie l’OTAN, ce rempart « de l’Occident ». On appuie l’Ukraine contre la Russie, parce que celle-ci est un empêcheur de tourner en rond. On participe aux simagrées américaines contre le Venezuela pour imposer une opposition essentiellement compostée d’imposteurs. On traite l’Iran et la Corée du Nord de pestiférés. On se fait complice des États-Unis dans ses grandes manœuvres contre la Chine. On se dit le « meilleur ami d’Israël », tout en versant des larmes de crocodile sur les Palestiniens, mais surtout en diabolisant la campagne de BDS, pourtant une action civile et non-violente contre l’occupation israélienne. Et quoi d’autres encore ?

On pourrait continuer longtemps. C’est pathétique et, au-delà du respect que j’ai pour des militants comme Alexandre Boulerice, ce parti n’est pas notre ami. Est-ce que ça peut changer ? On me dit que le gros bond en arrière que risque de subir le NPD la semaine prochaine pourrait faire bouger les choses. On leur souhaite.

L’autre choix de plusieurs personnes à gauche, est le Bloc Québécois. Dans mon comté, c’est l’ancien chef communiste André Parizeau qui est le candidat. André a milité toute sa vie, mais était-ce nécessaire de terminer sa carrière avec cela ? Je crois que les indépendantistes qui vont voter pour le BLOC en espérant maintenir la flamme de la souveraineté, se trompent. Les politiciens habilles comme Yves-François Blanchet, savent bien que le projet actuel n’est pas l’indépendance, mais l’autonomie provinciale, ce que François Legault appelle la « défense du Québec ». Une comparaison n’est jamais que partielle, mais cela a été le discours de l’Union nationale pendant les longues années noires avant 1960. Ni Blanchet, ni encore moins Legault, n’ont d’appétit pour une lutte politique, de masse, associant émancipation nationale à émancipation sociale. Quant aux autres dossiers socio-économiques et écologiques, le Bloc se situe au centre-mou, avec une certaine hypocrisie. On est contre le projet de Trans Mountain, mais affirme Blanchet, on n’a pas de position sur le troisième lien à Québec ni sur le gazoduc que GNL Québec veut construire pour transformer le fleuve Saguenay en une autoroute d’exportations énergétiques. Pas fort.

Pour les autres partis, je vous épargne les détails. Les deux grandes formation de la fausse alternance ont des discours différents, mais des pratiques convergentes. Le Parti Libéral paraît mieux, se distinguant du langage vulgaire et agressif des Conservateurs. Mais sur le terrain, la différence est mince (lire à ce sujet l’article de David Carment et Richard Nimijean, « Justin Trudeau ou l’étalage de vertu, dans le Monde diplomatique du mois courant). C’est un peu comme aux États-Unis, lorsque la droitière Hillary Clinton s’opposait au cher Donald. Pauvres Américains, coincés entre Dupont et Dupond. Pour l’élection qui s’en vient, un mouvement de la base autour de Bernard Sanders essaie de faire basculer les choses au Parti Démocrate. Cela prendrait un grand miracle. On leur souhaite aussi bonne chance.

Ah oui, j’oubliais les Verts. À mon avis, sa fonction principale est d’enlever des votes au NPD. Le programme du parti reste assez progressiste, mais les déclarations tonitruantes de la cheffe laissent penser que les Verts canadiens ne sont pas de la même trempe que nos amis Verts-Rouges en Europe.

Bon voilà, ce n’est pas tout à fait gai et ici dans notre village d’Astérix, il y a de quoi s’inquiéter. Le fait est que, depuis longtemps, les progressistes québécois ne s’intéressent pas beaucoup au « Rest of Canada » (ROC). On peut dire que c’est réciproque lorsqu’on constate des textes de la gauche canadienne comme le « Leap Manifesto » (associé à Naomi Klein et Arie Lewis). On y mentionne, en passant, le Québec en deux phrases et demie dans un manifeste de 50 pages. On parlait auparavant de deux « solitudes », c’est encore vrai pour les gauches.

Pour autant, des initiatives courageuses ont été mises de l’avant par des camarades comme André Frappier et Andrea Levy au Québec, et par la revue Canadian Dimension dans le ROC. Faut-il spécifier qu’il n’y a pas d’autre chemin qu’une alliance entre deux peuples indépendants, dans l’optique d’un Québec républicain qui donnerait peut-être le goût aux Canadiens de se débarrasser de cet État semi-colonial qu’est le Canada. Pour de multiples raisons dont la géographie, l’histoire et l’économie, il faudrait reconstruire une alliance qui n’aurait rien à voir, malgré les pleurnichages du NPD, à un « fédéralisme renouvelé ».

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