Édition du 2 mars 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Économie

La brutalité des bien-pensants

C’est la pensée qui m’est venue à l’esprit en parcourant la chronique de Michel Girard parue dans le Journal de Montréal, édition du 4 février. En effet, il s’inquiète de l’ampleur des aides publiques accordées par le cabinet Trudeau aux victimes de la pandémie, à l’image de François Legault, de plusieurs membres de son cabinet et peut-être aussi de Pierre-Karl Péladeau.

Il expose dans son commentaire les arguments éculés utilisés par les milieux financiers et "d’affaires" à l’encontre de dépenses sociales jugées trop "poussées". Trois passages dans son texte résument bien ses préjugés les plus chers.

"Cela dépasse l’entendement de voir le revenu disponible des ménages québécois augmenter en 2020 de 14%, alors que l’on traversait une année de crise économique et de grave crise sanitaire".

Ensuite :
"Réussir à "s’enrichir" de la sorte en temps de crise de la COVID-19, c’est d’autant plus incroyable qu’on se serait plutôt attendu à un appauvrissement ! Comment peut-on expliquer cet enrichissement collectif inattendu ?"
Enfin :
"Pour "apprécier" à sa juste valeur cette aide fédérale de 36 milliards$, sachez que cette aide ponctuelle dépasse de 38.5% (26 milliards$) le montant que le fédéral a versé en 2020 en transferts fédéraux au gouvernement du Québec."

Tout le ton de l’article barbotte dans cette veine.Sans attaquer ouvertement les bénéficiaires de cette manne, M.Girard insinue que ces sommes constituent du gaspillage et en fin de compte, une incitation à la paresse.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a renoué à l’occasion de la pandémie mais peut-être temporairement avec les "recettes keynésiennes" : des investissements publics ont été utilisés pour soutenir la demande et éviter ainsi un effondrement social et économique néfaste. Jusqu’à maintenant, les résultats sont plutôt convaincants, toutes choses étant par ailleurs très relatives.

Mieux vaut en définitive une dette et un déficit même considérables comme mesures de sauvegarde sociale et économique qu’un désastre général qui se serait de toute façon répercuté lui aussi sur les finances publiques. Sans les mesures de soutien du gouvernement Trudeau, des centaines de milliers de personnes à l’échelle du Canada auraient sombré dans la misère et certaines, abouti dans la rue.

Il n’existe pas de méthodes-miracle en économie, laquelle d’ailleurs n’est pas une science exacte mais relève beaucoup de choix idéologiques et politiques.
Le bon vieux "keynésianisme" vient de prouver son efficacité, malgré le dénigrement que les économistes de droite ne lui ont pas ménagé depuis les années 1980.

Comme beaucoup de commentateurs, commentatrices, chroniqueurs, chroniqueuses et bon nombre de politiciens et de politiciennes, Michel Girard manifeste (dans son cas de manière sournoise) l’attachement qui est le sien à la notion néoconservatrice de l’équilibre à tout prix des finances publiques et à la relative soumission de la main d’oeuvre au patronat.

Si le gouvernement Trudeau avait suivi les mesures suggérées ou préconisées ouvertement par ces milieux,nous aurions subi une catastrophe.
Quels prétextes Michel Girard aurait-il alors échafaudés pour les justifier ? Et quelles solutions originales aurait-il proposées ? Le recours à la charité ?

Jean-François Delisle

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