Édition du 16 juin 2020

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Le blogue de Donald Cuccioletta

La première semaine de la présidence de Trump : la route vers l’autoritarisme

Après une semaine de décret présidentiel, Donald Trump n’a certainement pas perdu de temps : l’abolition d’Obamacare, le retour à Keystone XL, le mur contre le Mexique sera construit, l’abolition des subventions pour les organismes internationaux qui défendent le libre choix à l’avortement et le suspens de l’immigration provenant de pays musulmans pour 120 jours (la Lybie, le Soudan, l’Irak, l’Iran, la Somalie, le Yémen et la Syrie indéfiniment). Ceci ne sont que les premières décisions politiques de cette administration qui prône une vision isolationniste, protectionniste et autoritaire de la gouvernance étasunienne.

Cette administration défend à mots couverts le Darwinisme économique nécessaire à la prospérité de Wall Street et du complexe militaro-industriel des Etats-Unis. Tout cela met grandement en péril le sort de la démocratie américaine. L’administration Trump refuse l’entrée des musulmans au pays, mais se dit toutefois en faveur d’une immigration chrétienne. Si cela continue, Trump exigera-t-il une politique d’immigration reposant sur la couleur de peau ? « Make America Great Again » n’est rien d’autre que le retour au maccarthysme.

Dans ce virage autoritaire, Trump est entourée d’une garde rapprochée ultraconservatrice : par exemple, Carolann Conway qui nous dit qu’il y a toujours une vérité alternative. Quand elle parle, elle nous fait penser au roman 1984 de George Orwell, où il fallait crée une nouvelle définition des mots pour restructurer une conscience historique qui cimenterait l’autoritarisme. L’attaque perpétuelle contre les médias fait partie de cette réécriture des faits. Et quant à Stephen Bannon, il est le maître d’œuvre du rejet de l’autre. Il est l’idéologue et le défenseur des « vraies valeurs Américaines ».

Et que dire de son cabinet ! La Secrétaire à l’éducation est nul autre que Betsy DeVos qui lutte depuis trente années pour une privatisation totale du système d’éducation, du primaire jusqu’à l’université. N’éduquons que les riches et faisons travailler les pauvres pour nous enrichir davantage. Et le trio des militaires de Michael Flynn (à la sécurité nationale) à James Mattis (secrétaire à la défense) et John Kelly (secrétaire à la sécurité de la nation), trois vétérans de la guerre d’Afghanistan qui souhaitaient bombarder Téhéran, plutôt que de négocier le traité sur le développement nucléaire. Rex Tillerson, l’ex-PDG d’Exxon Mobil, quant à lui, occupe le poste de Secrétaire d’État. De plus, les illusions ont disparu : la politique étrangère des États-Unis et le pétrole ne font qu’un. Wilber Ross est au commerce, soutenu par James Mnuchin, de Goldman Sachs au trésor, et appuyé par le Secrétaire à l’énergie, Rick Perry ex-gouverneur du Texas, où aboutirait l’oléoduc Keystone XL. La machine réactionnaire et autoritaire est bien en marche pour radicaliser la sauvagerie du capitalisme néolibéral.

Toutefois, l’opposition s‘organise. Une opposition qui vient du milieu progressiste, non pas du parti démocrate. Certainement pas le parti démocrate qui a saboté la campagne de Bernie Sanders. Ce même parti démocrate qui est encore entre les mains de Bill Clinton. Un parti démocrate qui mène encore une lutte féroce contre toutes les forces progressistes au sein du parti. Il ne faut rien attendre de ce parti qui a trahi les forces progressistes et le peuple américain. 14 millions d’entre eux ont pourtant voté pour Bernie Sanders. Dans les syndicats, où la bureaucratie syndicale vendue aux Clinton a manipulé les syndiqués à voter pour Hillary Clinton quand tous les sondages indiquaient que la base syndicale était pour Sanders.

L’opposition est dans la rue, comme nous avons vu avec la Marche mondiale des Femmes. Les femmes ont compris, au-delà de Hillary Clinton, qu’elles seront les premières victimes de la glissade vers l’autoritarisme. C’est la raison pour laquelle leurs principales revendications reposaient sur le droit au libre-choix pour l’avortement, le travail égal à salaire égal, les droits pour les immigrants et la dénonciation en règle de la brutalité policière, etc. Les femmes ont compris que Trump était seulement le symbole de ce virage autoritaire qui apparaît partout sur notre planète.

De plus, la fenêtre est ouverte pour la gauche et les forces progressistes. Plutôt que de se lamenter sur la venue de Trump au pouvoir, la gauche et les forces progressistes doivent plutôt passer à l’offensive contre les principaux problèmes auxquels les sociétés occidentales sont confrontées : le plan d’austérité chez nous, le racisme et les néofascistes en Europe, le retour de la droite en Amérique latine, sont autant de signes que les luttes locales et internationales doivent conjuguer vers une seule grande force d’opposition. L’autoritarisme n’est plus à nos portes, il les a franchies. Et la gauche doit réagir plus que rapidement.

La gauche et les forces progressistes du Québec doivent rétablir les ponts avec nos camarades du Canada, des Etats-Unis, des Caraïbes, ainsi que nos camardes du Mexique et de l’Amérique latine. Nous devons créer une solidarité continentale qui aura pour cible l’autoritarisme grimpant qui détruira au bout du compte les restes de la démocratie américaine. Le capitalisme sauvage est de retour et avec lui l’illusion d’une refondation de la démocratie qui n’est rien d’autre qu’une réforme réaction et autoritaire de l’appareil politique.

Cessons de résister, surpassons nos désaccords et passons à l’offensive pour qu’existe enfin une solidarité des Amériques.

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