Édition du 26 mai 2020

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Le blogue de Donald Cuccioletta : « La Gauche américaine en 2020 - Stratégies et perspectives »

« La sanglante défaite de Jeremy Corbyn et le Parti travailliste : une leçon à retenir pour la gauche socialiste aux États-Unis »

La sanglante défait du Parti travailliste et de leur candidat au poste de premier ministre, Jeremy Cobyn, aux mains du Parti conservateur de Boris Johnson envoie un message clair aux socialistes qui se présentent dans les élections capitalistes : la victoire n’est pas acquise si nous restons dans le cadre de la structure traditionnelle des élections conçues et manipulées par la classe capitaliste. Certes, Jeremy Corbyn avait beaucoup de difficulté à contre-attaquer les accusations d’antisémitisme orchestrées par les médias de droite et d’extrême droite, mais sa stratégie est aussi demeurée confuse sur la question d’un référendum sur le Brexit, ce qui n’a pas aidé non plus. Ce qui a toutefois précipité cette sanglante défait est l’absence, dans le discours de Jeremy Corbin, d’une démonstration que l’application de son programme social n’aurait pas de succès sans la transformation et l’ultime déconstruction de l’État capitaliste.

Ainsi, vouloir amener des réformes radicales pour transformer le système capitaliste ne peut réussir sans une transformation de l’état qui demeure aujourd’hui l’instrument de gouvernance du capitalisme. C’est cette absence de discussion idéologique qui a lassé les militants du Parti travailliste et les a laissés dans l’indécision. Certes, l’interventionnisme à la Keynes est louable, mais il produit temporairement une version « soft » du capitalisme que se nomme le social libéralisme. Élaborer et défendre un programme socialiste exige que les socialistes tiennent un débat idéologique sur le rôle de l’État (aujourd’hui toujours un instrument capitaliste), tout en avançant un programme électoraliste basé sur des réformes radicales avec des éléments socialistes.

Si nous croyons encore que l’état, dans plusieurs pays où le capitalisme avancé existe, est un état social à cause des programmes sociaux (écoles publiques, assurance maladie universelle, etc.) que faisons-nous des programmes d’austérité imposés depuis plusieurs années dans ces mêmes pays du capitalisme avancés ?

Le travail pour arracher des reformes et la promotion pragmatique et conséquente du socialisme demeure pour les militants et militantes une tension à résoudre. Et c’est exactement cette question qui fait réfléchir nos camarades socialistes aux États-Unis, particulièrement autour de la campagne de Bernie Sanders.

Sanders parle de la nécessité d’une révolution politique aux États-Unis en soutenant que les travailleurs et travailleuses veuillent et doivent contrôler véritablement le processus politique, abolir la vie chère, s’attaquer aux barons de Wall Street, aux compagnies pharmaceutiques, et ultimement abolir la classe capitaliste. Les idées de Sanders ont une grande résonance populaire, mais tout ça sans toucher à l’état capitaliste. La renaissance de gauche socialiste autour de Sanders et Mme Alexandria Ocasio-Cortez a soulevé une résistance et un enthousiasme au socialisme, bien qu’avec une présence inégale à travers les cinquante États.

Mais nous voyons aussi que l’héritière du mouvement est maintenant Mme Ocasio Cortez. Elle semble allez plus loin dans ses discours et dans ses prises de position que Bernie Sanders. Elle a dénoncé, dans un récent discours devant ces électeurs et électrices, le système politique et la mainmise du Parti démocrate et le Parti républicain sur le processus électoral. Elle a dit qui a été rapporté par la revue marxiste Jacobin : « Dans d’autres pays, Joe Bidden et moi nous ne serions pas dans le même parti ».

Les critiques sont venues de toute la classe politique, démocrate et républicaine. Mme Ocasio-Cortez comprend qu’il y a un certain appui pour changer le système électoral, mais elle comprend , mieux que Bernie Sanders, qu’il faut aussi parler de l’état capitaliste comme un instrument d’oppression pour les travailleurs et travailleuses. Elle dit aussi que nous réussirons notre révolution politique seulement si les militants et militantes socialistes, comme elle et Sanders, incluent dans leurs discours la nécessité de comprendre l’état capitaliste et ce qu’il faut faire pour le changer si nous voulons un véritable socialisme.

Certains militants et militants socialistes, sous l’élan de Mme Ocasio-Cortez , proposent la tenue d’une convention nationale pour discuter et promouvoir des mesures démocratiques et socialistes pour changer le système politique et aussi le système électoral contrôlé par les partis dominants, soit le Parti démocrate et le Parti républicain. Nous voyons donc, par la présence non seulement des élu.e.s qui se disent socialistes, mais surtout aussi au sein de la base du mouvement socialiste aux États-Unis, que tout en voulant participer aux élections à tous les niveaux de la structure de gouvernance, il faut aussi réfléchir sur le rôle de l’état capitaliste qui contrôle le processus électoral.

Si ces réflexions ne parviennent par à s’intégrer au discours qui s’adresse non seulement à l’électorat, mais aussi à tous les travailleurs et toutes les travailleuses, un des éléments clés pour comprendre le système capitaliste, soit le rôle de l’état capitaliste, sera absent de l’éducation politique et idéologique de la classe ouvrière. C’est très intéressant de voir et de lire comment l’enthousiasme et l’élan même modestes pour le socialisme produisent au sein des militants et militantes la volonté d’approfondir l’éducation de cette classe ouvrière américaine.

Comme nous pouvons le constater, le mouvement socialiste vit des moments présentement difficiles et les victoires sont minimes. Les socialistes doivent étudier en profondeur la défaite de Corbyn, le recul du mouvement ouvrier et surtout les difficultés de la gauche radicale à se lier et à soutenir les mouvements spontanés qui surgissent de partout, si nous voulons vraiment saisir l’opportunité que la crise au sein de la classe capitaliste nous offre afin d’aller de l’avant ouvertement pour le socialisme et l’écosocialisme.

Nous camarades américains et américaines commencons à saisir cette opportunité. La classe capitaliste américaine est profondément divisée. Il y a des luttes internes dans la bourgeoise américaine présentement. Il est temps de réfléchir à la question sur la lutte au sein de notre bourgeoisie et surtout d’axer nos réflexions et discussions sur le rôle de l’état capitaliste. C’est seulement en renforçant nos idées sur le socialisme radical que nous pouvons résister aux attaques capitalistes et comprendre le rôle de l’état capitaliste. Ceci se passe présentement chez nos camarades aux États-Unis. Nous devons saisir ce moment chez nous.

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