Édition du 14 septembre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

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Le blogue de Pierre Beaudet

Le Forum social des peuples : aller plus loin

Le rideau s’est fermé sur le FSP qui aux yeux de la majorité de ceux et celles qui y ont participé a un été un succès. En fin de compte, la principale réussite, c’est que cela a eu lieu. En effet, au départ, les obstacles étaient nombreux. Certes, personne ne pouvait s’opposer à cette idée (au départ initiée par Monique Simard et Judy Rebick), mais en pratique, qui allait le faire ? Il faut donner le crédit à la CSN, à la FTQ et à Alternatives, de même qu’au Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, pour s’être acharnés à convaincre un grand nombre de groupes.

Pour autant, il fait faire attention de ne pas tomber dans une vision « jovialiste ». Le FSP a ouvert une porte, encore faut-il qu’il y ait un suivi. Là-dessus, il y a plusieurs enjeux. D’abord, il serait exagéré de dire que le FSP a réussi à rassembler toutes les « forces vives » des nations. Juste en termes quantitatifs, il y avait moins de monde au FSP à Ottawa qu’au FSQ à Montréal en 2007. Sans être obsédés par les chiffres, 5000 personnes, ce n’est pas la fin du monde. On peut noter aussi que la participation était déséquilibrée, au profit des groupes québécois. Une fois dit cela, on a raison de dire, c’était très bien et probablement, c’était le mieux qui pouvait arriver, réalistement.

Ensuite, et plusieurs observateurs l’ont noté, plusieurs questions n’ont pas été abordées. La question nationale québécoise, par exemple (ce qu’a souligné Pierre Mouterde), a été à peine effleurée, ce qui est symptomatique d’une certaine confusion à ce niveau, non seulement au Canada, mais au Québec. Plus globalement, Éric Martin a raison de dire qu’il faut reprendre le collier. Plus encore, en ce qui concerne des relations de solidarité avec les mouvements populaires du Canada et des Premières Nations, rien ne pourra être construit solidement sans un consensus fort et explicite sur le droit à l’autodétermination du peuple québécois, et sur la nécessité de détruire un État qui reste encore et dans une large mesure « postcolonial », construit sur la manipulation, le déni, la corruption et la violence. Ce qui arrivera « après » l’État canadien devra être négocié par les peuples, d’égal à égal.

Autre dimension peu abordée dans le concret, la question de la stratégie. Ce n’est pas une grande découverte de se dire qu’il faut vaincre Harper. Plus difficile, et plus important, est de discuter comment. Faut-il intervenir sur le terrain politique ? Quelles sont les batailles les plus porteuses d’une grande coalition contre ce gouvernement néoconservateur « pur et dur » ? Est-ce qu’on doit fermer la porte à des alliances circonstancielles (« tout-sauf-Harper »), quitte à se retrouver dans le lit d’une opposition pour le moins frileuse, parfois même, en accord avec la droite ?!? Quels sont les mécanismes pouvant développer cette convergence ? Doit-on penser à un deuxième FSP ? Peut-on passer à l’action rapidement (les élections fédérales sont dans quelques mois) ? Avec qui, comment ? Quelle est l’articulation possible entre le monde syndical (y compris les grandes centrales) et la galaxie du communautaire ? Enfin, ce n’est pas une petite affaire, comment arrimer nos luttes avec les revendications des autochtones, au-delà des belles paroles ?

Sur à peu près tout cela, il y a eu des discussions au FSP, mais peu de conclusions et de pistes concrètes. Ne soyons pas négatifs, car il fallait probablement passer par une période de « réchauffement ». Pour autant, le capital de solidarité sera rapidement épuisé à moins qu’il n’y ait des mécanismes et des stratégies convaincues e convaincantes.

La bonne nouvelle est que beaucoup de monde pense et discute de cela. Et dans ce sens, on peut dire que la glace a été brisée. Parlant d’idées, en voici une (qui circule déjà à l’initiative de plusieurs personnes dont Jonathan Folco-Durand). Est-ce que des mouvements populaires de diverses parties de l’État canadien ne pourraient pas s’entendre pour quelques candidatures exprimant les aspirations des peuples ? Je pense en disant cela à l’intéressante initiative que Paul Cliche et François Cyr avaient lancée en 1997 dans le cadre de l’élection (partielle) dans Mercier. Au lieu de parloter pendant 14 ans, divers mouvements populaires et quelques petits partis de gauche s’étaient entendus pour faire une campagne concentrée, à la fois comme moyen d’éducation populaire et à la fois comme test pour voir si l’option progressiste peut « sortir de sa cage » et toucher le monde dit ordinaire. Comme on le sait, le test a été concluant, et par la suite, l’histoire a continué jusqu’à QS.

Je sais que les conditions sont différentes. Je sais que les mouvements populaires du Canada ont du chemin à faire. Je sais qu’on dira qu’il faut plutôt appuyer le NPD ou le Bloc Québécois (on nous disait ici qu’il fallait appuyer le PQ). Je sais que cela serait exigeant en temps, ressources et volonté. Je sais tout cela comme tout le monde, mais je me dis que l’idée mérite d’être discutée. 3 ou 4 candidatures progressistes à Montréal, Toronto, Vancouver ou ailleurs, serait en tout cas une option, si et seulement si on a une masse critique qui dépasse les cadres (très) étroits d’une certaine gauche radicale. Également, une telle convergence ne pourrait pas faire l’économie d’une position claire et engageante pour le droit à l’autodétermination du peuple québécois.

Est-ce pensable ? Est-ce souhaitable ? Est-ce faisable ? Peut-être que d’autres personnes ont des idées…

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