Édition du 17 novembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Le bucolique monde agricole.

Au royaume du producteur, et de la précarité du travailleur.

Le discours sur l’autosuffisance alimentaire, et de l’achat local est dorénavant bien dans l’air du temps. Je suis parmi les travailleurs québécois qui ont répondu « présent » au programme « J’y vais sur le champ ». Je suis passé à l’action avant même l’appel aux champs du Premier Ministre. Dès le début de la crise à la mi-mars, j’ai fait des pieds et des mains pour me placer en milieu agricole dans la région de Chaudière-Appalaches, un véritable parcours du combattant.

Je comprends pourquoi je suis parmi le faible nombre de travailleurs ayant été capable de se placer dès le printemps. Le milieu ne s’intéresse tout simplement pas aux travailleurs québécois. La première raison est le très grand nombre de producteur qui sont totalement dépendant de la main d’œuvre étrangère, plus performante. La seconde raison me semble être que l’UPA, en charge du programme réponds aux priorités des producteurs, non pas des travailleurs.

Culture de l’employé jetable.

Plusieurs textes et témoignages ont récemment été publiés sur le travail aux champs. On a souligné le fait que le travail y est difficile, on y est exposé aux éléments. Le constat est que souvent le travail s’effectue dans des positions inconfortables, qu’il est souvent routinier et les successions d’insectes n’atténuent pas les défis. Dans les productions à large échelle le rythme imposé est difficile et les salaires plutôt faméliques. Bref ! On cherche souvent des gens « athlétiques », disons préférablement des jeunes.

Mais même à l’aube de la soixantaine, on arrive à s’ajuster à tous ces défis qui comptent parmi les facteurs diminuant l’attrait du secteur d’emploi. Mais, il y a plus important encore. D’autres facteurs liés aux travailleurs expliquent le manque d’intérêt de la main d’œuvre pour ce secteur névralgique, essentiel à notre sécurité.

Nous sommes à la fin juin, j’apprends ce lundi matin que mon troisième employeur de la saison n’a plus besoin de mes services, je m’y attendais un peu. « Pas assez athlétique le vieux, semble-t-il ? » La performance n’y est pas. Décidément, je n’ai plus l’impression d’être indispensable pour ces gens. L’an dernier j’avais participé aux récoltes maraîchères par intérêt, et pour aider un employeur maraicher aux récoltes. Suite à la fin de la période des emplois étudiants le producteur était mal pris ; mais entre autres dès la réduction des besoins les plus intenses au champ, on m’avait cavalièrement congédié sans préavis. Entrée en matière difficile disons.
En cette année de crise COVID, j’ai travaillé au mois de mai pour un employeur qui ne croyait pas pouvoir embaucher son employé âgé, plus à risque. Dès que la crise s’est atténuée, on m’a avisé que c’était ma dernière semaine. Pour le second emploi de crise, pendant quelques semaines, on m’a fait exécuter une tâche essentielle pour laquelle j’avais acquis la compétence dans le secteur des petits fruits. Au moment où il devient tard dans la saison pour cette tâche, on me congédie sans plus de préavis. Et pour le dernier emploi dans une micro-production maraîchère ça n’a duré que quelques jours ; je ne répondais pas aux objectifs de productivité, pas assez en forme. On n’a pas osé dire trop vieux je présume. Le facteur commun de toutes ces situations ; lors de l’embauche tous ces employeurs ont prétendu être mal pris, et avoir du travail en masse jusqu’à la fin de la saison. Ce n’étais manifestement pas le cas. Le syndrome de l’employé jetable ; l’an dernier, s’est répété cette année, trois fois, coup sur coup ! Ce n’est certainement pas le fruit du hasard.

Bien entendu il y a le facteur de la préférence pour les travailleurs étrangers, je n’ai ni leur productivité, ni leur endurance dans le champ. Mais aucun de ces employeurs n’utilisait de travailleurs étrangers. Je n’étais peut-être pas à la hauteur, mais aucun de mes superviseurs immédiats, sauf le dernier n’a émis d’avis négatif sur mon travail. « Si tu as besoin d’arrêter un peu, cette « job » n’est pas pour toi ! » ; commentaire à un travailleur néophyte. Les incertitudes associées à l’industrie sur lesquelles insistent les employeurs, semble inciter les producteurs à dire ce que le candidat veut entendre à l’embauche. Les agriculteurs opèrent dans une conjoncture d’incertitude météorologique et financière ; il faut le reconnaître. Souvent endetté pour les équipements, le producteur semble jauger et ajuster son besoin en cours de route ; l’employé compte pour peu dans la balance. Dès que la tâche identifiée prioritaire est terminée, on congédie. On est dans un environnement ou le producteur agricole a tous les droits, et l’employé est à sa merci !

Les brèches aux conditions élémentaires de santé et sécurité au travail, la pression pour plus de productivité et les mises à pied instantanées sont la norme. Aucun souci pour la réputation ou pour la pérennité de l’industrie, la rentabilité immédiate prime. Cette incroyable précarité des conditions de travail est probablement la principale raison qui explique la mauvaise réputation d’employeur de l’industrie agricole, et le peu d’intérêt qu’elle suscite chez les travailleurs au Québec. On y cumule des statuts contractuels à court terme et saisonniers ; la précarité et l’absence de bénéfices marginaux, le congédiement sans préavis et la culture de l’employé exécutant ; et surtout docile. A quelques exceptions près, on ne se gêne pas pour exiger la performance et le rendement peu importe la disponibilité de la main d’oeuvre. Nous avons ici un secteur d’activités pour lequel le salaire minimum est trop cher, et qui est complètement accroc aux programmes de soutien de l’État.

Une réalité totalement incompatible avec les prétendus besoins criants de personnel. C’est principalement cette réalité qui aurait rendu le travailleur étranger indispensable. Évidemment, qui au Québec aspire à de telles conditions ?

Le Royaume des producteurs.

Nous sommes dans une industrie dominée au Québec par l’Union des producteurs agricoles (l’UPA) ; un regroupement qui défend les intérêts des producteurs. On y défend surtout les intérêts des grands producteurs, qui ont acceptés les impératifs de la production industrielle à grande échelle, souvent basée sur des quotas de production. On produit des aliments au volume par une activité basée sur l’importation de grosse machinerie et d’intrants, pour satisfaire les marchés d’exportation. Ce créneau commercial qui vise à affecter la balance commerciale nationale, semble être le seul endroit où les employés compétents et plus spécialisés bénéficient d’un minimum de bénéfices.

Les plus petits producteurs, obligés d’être membres de l’UPA se voient offrir un certain nombre de services et y obtiennent un appui ; surtout via des regroupements de producteurs dans chacun des secteurs de production (fruits, céréales, bovins etc…). Des producteurs qui rejettent les approches plus conventionnelles de la grande UPA, ont formé l’Union Paysanne une autre association de plus petits producteurs, souvent artisanaux. Les producteurs sont donc représentés de diverses façons dans leur secteur économique. Plusieurs de ces petites productions ne se permettent pas d’employés. Mais du côté des travailleurs c’est le vide, la syndicalisation du monde agricole ne s’est jamais vraiment matérialisée. Au Québec, les conditions de travail ne sont défendues que dans le cas de quelques très grands producteurs tout au plus.

Nous sommes dans un secteur d’activité critique, incroyablement dépendant des importations. Chaudière-Appalache est une région agricole qui était déjà en pénurie de main d’œuvre avant la crise sanitaire. L’endroit est idéal pour jauger les besoins de travailleurs aux champs. Mon constat, est que les besoins sont très limités contrairement à ce que nous laissent croire les médias. Même en présence d’employés déterminés, les excuses pour les congédiements chez les producteurs côtoyés sont multiples. Priorité aux employés réguliers, pas assez productif ou « athlétique », refus de se conformer à des pratiques parfois dangereuses, le moindre commentaire sur la méthode de production ou manifester son inconfort en lien avec une tâche, tenter de discuter d’accommodements afin d’éviter de travailler dans des conditions extrêmes (canicules prolongées), demander une flexibilité dans l’horaire etc... Tout peut devenir une raison de congédiement. Le producteur se dit continuellement en situation de précarité, semble incapable de s’ajuster, et congédie souvent à la vitesse de l’éclair. L’employé dont il semble avoir besoin pour des tâches précises est le simple exécutant, rapide et docile. On est bien loin de conditions d’emploi enviables. Et ce travail sans attaches ni contrepartie, c’est exactement ce qu’offrent les travailleurs étrangers.

On est dans une industrie qui, curieusement, fonctionne en silos. Le producteur en serres qui fait ses semis en hiver, ne parle pas au producteur de petits fruits qui a besoin de tailleurs de plants au printemps, qui lui ne parle pas au producteur d’asperges qui doit récolter rapidement en début d’été, qui lui ne parle pas au producteur de fraises pour la période de récolte qui suit et qui eux ne parlent pas aux maraichers pour les récoltes de la fin juin. Ce cloisonnement en secteurs d’activité est favorisé par les regroupements par domaines de production de l’industrie ; et attisent la précarité de la réalité des travailleurs. Bref, le travailleur butine de mandats en mandats et ne peut pas compter sur un engagement sérieux de la part des employeurs, ou d’un regroupement d’employeurs.

La production agricole est passée de la ferme familiale à la petite entreprise commerciale, souvent précaire. Cette migration a forcé les producteurs à s’organiser et défendre leurs intérêts. Au Québec, le secteur ne semble pas encore avoir pu s’ajuster à une main d’œuvre qui se raréfie, ou à une main d’œuvre académiquement qualifiée. On est très loin d’une industrie en mesure de professionnaliser ses ressources humaines. Puis la magie du mondialisme a fait apparaître le providentiel travailleur étranger. Nous connaissons la suite de l’histoire.
Crise COVID et sécurité alimentaire.

En pleine pandémie, les québécois ont appris du Premier Ministre Legault que leur sécurité alimentaire était à risque. Les travailleurs étrangers pouvaient ne pas être au rendez-vous cette année. Les besoins en personnel dans le milieu agricole seraient immenses car l’approvisionnement mondialisé pouvait cesser. Combler les besoins alimentaires localement serait urgent pour éviter la crise. Cet impératif était criant, surtout dans un contexte où les autorités américaines accaparaient cavalièrement le matériel médical en pleine crise COVID. Comment garder une confiance envers notre principal fournisseur de produits alimentaires frais ? Le gouvernement lance en toute urgence un programme de recrutement de travailleurs québécois pour éviter une crise alimentaire, un programme qui sera géré par l’UPA. Comme ce fut le cas tout au long de la crise, le Premier Ministre y met de l’argent. On peut tout solutionner avec de l’argent semble-t-il…

Ce programme s’avère être un échec cuisant. Des milliers de québécois sont toujours en attente d’entrer en contact avec des producteurs ayant besoin de main d’oeuvre. Seules quelques productions semblent avoir de réels besoins. D’autres travailleurs comme ce fut mon cas ; butinent d’emploi temporaire en emploi temporaire, jusqu’à écœurement. D’employeur en employeur on doit courir après les documents et numéros de membre des producteurs. Le programme d’incitatifs financier s’étend aux travailleurs étrangers ce qui amplifie le problème de perte d’autonomie alimentaire. Le constat est flagrant, malgré les mielleux discours sur l’encouragement de la consommation locale, ce qui compte c’est le bénéfice du producteur. Le monde de la production agricole n’exprime définitivement aucun intérêt pour les travailleurs québécois.
C’est lorsqu’on est sur le terrain que la réalité nous saute aux yeux. Nous entrons dans un monde où malgré leurs instances de représentation, les producteurs semblent désabusés. L’omniprésence des préoccupations financières à court terme, et un souci absolu de productivité immédiate peu importe la grosseur de l’entreprise ; rien d’autre ne semble compter. Il n’y a pas cette impression de crise imminente et de besoin d’un coup de main pour assurer la sécurité alimentaire des québécois. Toutes les productions critiques semblent dépendre entièrement de la main d’œuvre étrangère. Les employés québécois ne contribuent pas aux productions de subsistance, mais viennent assurer ce qu’on pourrait appeler des productions d’appoint (petits fruits, producteurs artisanaux, centre jardins, grossistes en végétaux etc…). On profite de l’occasion, tout comme on le fait pour les multiples autres programmes gouvernementaux dont l’industrie est dépendante.
De plus, certains producteurs expriment une frustration envers le programme qui offrent des conditions financières intéressantes au personnel, qui parfois obtient des conditions supérieures aux conditions du producteur lui-même. Accroître la production pour assurer la sécurité alimentaire, oui ; mais seulement si on assure les marchés aux produits. Bref, les producteurs auraient souhaité bénéficier directement des subventions et obtenir des garanties d’achats de produits plutôt que du personnel. La crise se situe donc ailleurs. Le modèle de « libre marché » ne répond simplement plus aux impératifs d’approvisionnement névralgiques de biens alimentaires.

Une réforme en profondeur.

L’argent ne règlera pas l’immense défi de la sécurité alimentaire de la province. On ne parle pas d’autonomie et d’autosuffisance alimentaire ici, mais de simple sécurité. On parle de la nécessité de pouvoir offrir le minimum de nourriture aux populations en situation de crise, qu’elle soit économique, sanitaire ou climatique. Le modèle marchand actuel n’y est pas adapté.

Le secteur agricole doit être transformé au Québec. On doit dorénavant considérer le vaste secteur de l’agro-alimentaire comme un tout. L’idée d’une véritable Commission agro-alimentaire du Québec ayant pour but d’encadrer, et de consolider la production agricole et alimentaire au Québec s’impose. Il faut une consolidation de la production en champs, de la production en serres et de la transformation à des fins de conservation pour les productions de subsistance. C’est la voie qui permettrait de pérenniser et professionnaliser les emplois dans l’industrie. Une première étape importante serait au minimum d’assurer une sécurité financière au secteur agro-alimentaire via les services publics (services de gardes, écoles, centres de formation, prison, forces armées, CHSLD et autres.) Une politique ferme d’approvisionnement local en bien alimentaires de base serait l’incontournable point de départ de cette réforme.

Il faut professionnaliser l’industrie. Des milliers de québécois ont acquis des compétences académiques importante en production agro-alimentaire, sans jamais pouvoir les mettre en valeur. Nous aurions en fait la possibilité de créer des milliers d’emplois permanents dans ce secteur essentiel, avec de bonnes conditions de travail et une stabilité un peu similaire à celle des travailleurs de la construction. Il faut se rappeler du passé. Avoir en mémoire la réalité des travailleurs en construction avant la création de la Commission de la Construction du Québec (CCQ). Les métiers de la construction se caractérisait par des tâches difficiles, une précarité de l’emploi, une saisonnalité du travail, des salaires de crève faim, et des conditions de travail particulièrement dangereuses. Seuls les nouveaux arrivants acceptaient de se soumettre à un tel régime de travail frisant l’exploitation. La création de la commission de la construction était une nécessité. L’industrie de la construction en ces temps tournait autour des travailleurs migrants grecs, italiens, portugais et autres. Bref, une situation qui ressemble beaucoup à la situation actuelle de l’agro-alimentaire.

(encadré)
MISSION ACTUELLE DE LA CCQ.

Il est intéressant de se pencher sur le mandat de la Commission de la construction du Québec. La CCQ regroupe présentement les acteurs de l’industrie (employeurs syndicats et instances professionnelles), et ils se sont vus confier le mandat de veiller à l’application de la convention collective ou du décret de l’industrie de la construction. Au fil des ans, des mandats se sont ajoutés, notamment :

administrer des régimes complémentaires d’avantages sociaux (1963) ;
surveiller les normes de sécurité sur les chantiers de construction (1972-1980) ;

administrer un fonds d’indemnisation de salaire en cas de faillite de l’employeur (1973) ;

organiser le scrutin d’allégeance syndicale (1975) ;

vérifier et contrôler l’application des normes relatives à l’embauche et à la mobilité de la main-d’oeuvre (1978) ;

s’assurer de la compétence de la main-d’œuvre et veiller à l’application des mesures et des programmes relatifs à la formation professionnelle (avant 1968 et depuis 1987, sauf en ce qui a trait à la gestion du carnet d’apprentissage et des examens de qualification depuis 1993) ;
lutter contre le travail au noir dans l’industrie de la construction (1994).

Vers une Commission agro-alimentaire du Québec (la CA-AQ).

Une réforme agricole au Québec devrait prendre une direction similaire. La situation du monde agricole ou tout est géré par les producteurs (UPA) en fonction de l’économie de marché n’est plus adapté à l’importance stratégique de l’industrie. Laisser une industrie d’une telle importance voguer selon les aléas des marchés mondialisés n’a aucun sens. Le marché mondialisé et ses prix soutenus par les subsides pétroliers globaux est à l’origine des bas prix actuels. Ces règles imposent l’allocation de conditions de travail minimales, la réalité de la précarité, et de la saisonnalité qui maintienne les conditions pénibles que peu de travailleurs acceptent. Pas surprenant de voir l’incroyable dépendance de notre approvisionnement alimentaire envers les importations mondialisées et la main d’oeuvre étrangère.

Il y a quelques années, il aurait été difficile d’envisager une telle commission. Mais la transformation rapide de l’industrie avec notre électricité et la serriculture offrent maintenant cette possibilité. Soyons clair, une telle commission serait la base d’une réforme agraire d’envergure au Québec. Cette Commission doit repenser l’industrie en fonction d’intérêts autres que celui des marchés et des grands producteurs ayant accepté l’agribusiness alimentaire mondialisée. Le modèle doit être agro-alimentaire compte tenu des particularités saisonnières de l’agriculture au Québec. Tel que mentionné précédemment, le point de départ serait l’approvisionnement alimentaire local obligatoire de toutes nos instances publiques, incluant les sociétés d’État. Avec la production annualisée en serre sur les toits en milieu urbain et en serres solaires passive avec appoint électrique dans toutes les régions, c’est dorénavant plus que possible. Les connaissances et la technologie sont là.

Grâce à un réseau de pôle agro-alimentaire sur l’étendue du territoire québécois un service soutenus par les municipalités et les MRCs ; une stabilité au niveau des mises en marchés pourrait être assurée. On parle d’installations coopératives offrant une gamme de services aux producteurs dont la possibilité d’une transformation à des fins de conservation, des services de réfrigération, de congélation et des espaces de vente à l’année. Toujours grâce à une tarification préférentielle, les producteurs peuvent utiliser les installations pour transformer les produits maraîchers ou d’élevage à des fins de conservation ; et peuvent faire une mise en marché à l’année. La dépendance des éleveurs envers de méga abattoirs est de plus en plus problématique. On le sait, les abattoirs régionaux pourraient devenir la norme pour les petits élevages. Chose certaine, sans une implication active des instances publiques régionales hors des lois marchandes, cette réforme agro-alimentaire est impossible.

L’émergence d’un nouveau secteur économique névralgique et robuste.
Nous parlons ici de la consolidation d’un vaste secteur d’activité économique.

Le rôle des instances publics peut facilement être étendu à d’autres enjeux connexes au secteur agro-alimentaire. On peut aussi considérer l’angle de la gestion des déchets bioalimentaires, et des surplus sectoriels de production à des fins d’amendements de sols. On peut parler de la production locale de biogaz pour répondre aux besoins spécifiques de la production alimentaire locale. Ce sont des secteurs ou, encore une fois la marchandisation des services s’est avérée totalement inefficace. L’intégration d’un large éventail d’activité aidera à la consolidation du secteur industriel et des emplois qui y sont rattachés.

On peut facilement envisager intégrer au secteur agro-alimentaire toute la filière acéricole, et la valorisation active d’autres produits forestiers non-ligneux tels que :

les produits de l’alimentation, qui regroupent, entre autres, les fruits sauvages, les champignons et les produits de l’érable.

Les produits ornementaux, qui comprennent notamment les arbres de Noël et les couronnes de Noël.

Les produits pharmaceutiques et nutraceutiques, qui incluent notamment les extraits de l’if du Canada, le ginseng et la gomme de sapin.

Les produits manufacturés et les matériaux, qui englobent les huiles essentielles, les résines, les alcools et désinfectants, etc.

Avec la création d’une telle commission, il est facile d’imaginer la totalité de nos services publics provinciaux et fédéraux s’approvisionner localement soit via les producteurs locaux membres de pôles agro-alimentaires. Nous aurions un moteur pour aider à développer ces services dans toutes les régions du Québec. Le coeur du mandat de cette CA-AQ serait d’assurer la sécurité alimentaire du Québec. Cette sécurité passerait par trois composantes fondamentales :

L’approvisionnement à l’année des services de garde, écoles et autres institutions d’enseignement post secondaire, centres hospitaliers (incluant CHSLD), Banques alimentaires, centres de détention, OSBL de services en première ligne Coopératives d’habitation et HLM, services municipaux et fédéraux et autres services publics en bien alimentaires, sur une base annuelle.

La création à cette fin, d’un vaste réseau de serres solaires passives, avec électrification d’appoint ; combiné à un vaste réseau de pôles agro-alimentaires de transformation et de conservation des nécessités alimentaires dans les localités, en collaboration avec les municipalités et les MRCs. On pourrait y greffer des abattoirs régionaux.

Le développement d’un véritable secteur d’emploi, stable, pérennisé et essentiel ; recrutant du personnel régulier, professionnel et de qualité. On verrait émerger un nouveau secteur de travailleurs québécois qualifiés qui oeuvrent et migrent selon les besoin dans les diverses activités de ce vaste secteur.

Nous parlons donc ici d’une profonde réforme, qui va beaucoup plus loin que l’injection d’un peu d’argent. Il s’agit ici d’un important virage qui sort de la perception de la nourriture comme un simple bien de consommation comme les autres ; et qui se tourne vers l’alimentation comme un bien de première nécessité imposant un approvisionnement local sécuritaire. On vise comme point de départ une autonomie alimentaire pour les productions essentielles à la subsistance des populations dans chacune de nos régions. Cette Commission devient la base d’une nouvelle politique alimentaire et une instance visant à l’encadrement beaucoup plus stricte des marchés agricoles.

Il y a dans cette transformation de notre vision de l’alimentation, un véritable projet de société qui implique l’utilisation d’une tarification préférentielle à des fins de diminution du transport de biens agro-alimentaires, la consolidation de nombreux emplois dans l’industrie agro-alimentaire dans toutes les régions du Québec, une lutte active aux déserts alimentaires de plus en plus présents au Québec et une gestion intelligente des résidus organiques et de nos terres arables qui s’impose. Devrons-nous nous rendre jusqu’à une redistribution des terres ? C’est fort probable.

En cette période critique ou les menaces de crises se multiplient, on doit se pencher sur d’imposants projets de réformes, le monde alimentaire devrait se classer dans les priorités.

Normand Beaudet

L’auteur est fondateur du Centre de ressources sur la non-violence et
propriétaire d’une entreprise de consultation en informatique.

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