Édition du 26 janvier 2021

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Platon : Les lois

Résumé des Livre XI et Livre XII (Texte 24)

Livre XI

Dans ce Livre XI, Platon s’intéresse à la « réglementation convenable » (p. 215), selon lui, en lien avec les contrats mutuels. La « règle générale », qui peut servir de base ici, serait la suivante : «  Que personne autant que possible, ne touche à ce qui est ma propriété ; qu’il n’en déplace pas non plus la moindre parcelle sans avoir, d’une façon ou d’une autre, obtenu de moi quelque consentement. Telle devrait être aussi ma façon d’agir en ce qui concerne les biens des autres, si j’ai du bon sens (p. 215).  » Mais n’a-t-il pas dit ailleurs que tout bien devait être commun ? Il semblerait y avoir ici un recul par rapport à la communauté des biens. Or, rien n’empêche de posséder un minimum, à condition de ne pas tomber dans l’envie d’avoir plus que supposé.

Le détail de la législation à produire porte sur : le droit de propriété en général (p. 215) ; les activités commerciales (« l’échange » (p. 225) ; le travail en échange d’un salaire (p. 226) ; les orphelins et les soins qui leurs sont dus « de la part de leurs tuteurs » (p. 228) ; les démêlés entre les membres d’une même famille (p. 238) ; le sort qui sera réservé aux enfants en cas de séparation entre les parents ou de décès d’un des deux (p.240 à 244). Platon s’intéresse aussi aux peines à prévoir en cas d’empoisonnement ou d’utilisation de sortilège en vue de « faire du mal à autrui » (p. 244). « Un homme pris de folie ne doit pas être vu dans la cité  », précise Platon (p. 246). Les injures, les conduites inacceptables et les sarcasmes seront réprimés (p. 247). La mendicité sera interdite (p. 249). La responsabilité des propriétaires d’esclaves sera précisée (p. 249-250). Le Livre XI se termine par des remarques au sujet de l’obligation de témoigner (p. 250) et de l’interdiction de la profession d’avocat (p. 251-252), profession qui semble uniquement motivée « par amour du gain ou par esprit de chicane » (p. 252). Ce creuset de règles entourant la vie quotidienne constitue une tentative d’exhaustivité quelque peu exagérée, car personne ne peut envisager pouvoir réglementer toutes actions et activités humaines. Cette intention relève d’un contrôle absolu, d’un despote, qui vise à enlever pratiquement toute liberté aux autres.

Pour conclure

Platon détaille dans le Livre XI, pour de nombreux cas, les peines à prévoir et à appliquer en lien avec les crimes dans différentes sphères de la vie sociale, familiale et économique. Il est aussi question du droit familial et de la profession d’avocat. La règle universelle à prévoir, dans la définition de la loi, se décline comme suit : « Que nul ne s’en prenne aux biens d’autrui ». Par une tournure particulière, Platon semble abandonner son idéal de la cité « communiste », en quelque sorte, comme si la propriété avait atteint à ce point le coeur des hommes que seul un remède administré avec sévérité pouvait porter le coup décisif à ce virus qui affaiblissait l’âme et le poussait vers les bassesses de la concupiscence. Il fallait plus qu’un philosophe prêchant l’équilibre : l’homme politique devait prendre les devants.

Livre XII

Platon aborde dans ce dernier livre de son ouvrage intitulé Les lois diverses questions en lien avec la probité et l’intégrité du personnel qui occupe des postes publics (p. 253-254). Il faut, selon lui, éliminer l’anarchie (p. 254). Ce qui implique, « s’exercer dans la paix dès l’enfance : à commander et à obéir tour à tour » (p. 255). Dans l’armée, l’ordre doit être exécuté. Le mensonge, l’insoumission, le refus de combattre seront sévèrement réprimés (p. 256 à 258). Il est question des magistrats et des personnes qui seront chargées d’agir en tant que vérificateurs. Platon précise que «  s’il n’est pas facile de trouver […] un magistrat qui soit d’une vertu supérieure […] il faut s’efforcer de trouver des vérificateurs qui soient divins  » (p. 259). Nous ne sommes plus au temps de Rhadamante, « les opinions des hommes relativement aux dieux ont changé, il faut aussi que les lois changent », il faut par conséquent « supprimer les serments de chacune des parties » (p. 263) et le réserver là où les circonstances peuvent le justifier. Des amendes doivent être prévues pour des délits mineurs (p. 264). Dans une cité fermée comme celle qu’envisagent les trois interlocuteurs, une loi régissant les rapports et les relations, en temps de paix, avec le monde extérieur est à prévoir. Il faut restreindre et surveiller les entrées et les sorties du territoire et statuer également sur l’accueil à réserver aux étrangers (p. 265 à 270).

Comment les perquisitions seront effectuées (p. 270-271) ? Diverses considérations sur le droit de propriété et « la limite du temps au-delà duquel on ne sera plus en droit d’en contester la possession  » (p. 271). La violence de quelqu’un qui « s’oppose par la force à la comparution de la partie adverse ou de témoins  » ; la peine à prévoir en cas de recel (p. 272). Quiconque s’aventure à conclure «  la paix ou la guerre […] à titre personnel, sans le consentement de la communauté  » s ’expose à être « condamné à mort » (p. 272). Il est interdit, à une personne qui « remplit un service public  », d’accepter un cadeau. Un fonctionnaire corrompu sera « purement et simplement mis à mort  » (p. 272). Les «  contributions au trésor public  » (l’impôt) seront également réglementées. Les offrandes aux dieux seront modélisées (p. 273). Comment la justice sera organisée au niveau des procès (p. 273) et ce qu’il en sera également de « l’exécution des jugements » (p. 275-276). Tôt ou tard, arrive à la personne humaine «  la fin que lui fixe la nature  » (p. 276). Platon prévoit la réglementation en lien avec les funérailles et la disposition des dépouilles (« les cérémonies funèbres ») (p. 276 à 278).

Le Livre XII s’achève sur la création d’une instance qui a pour nom le « collège [1] » qui siège « dès le point du jour  » (p. 281) (« un collège de veille » (p. 296) un « divin collège » (p. 298)). Une espèce de conseil réunissant des sages prêts à agit comme une « ancre » pour «  la cité tout entière  » (p. 281). Une «  instance de sauvegarde » (p. 284) des lois de la cité qui doivent tendre vers un seul but : la « vertu » (p. 285). La cité a maintenant sa « tête » et son « intellect ». La cité est une combinaison de deux choses : l’intellect et le pouvoir (le pouvoir à et de l’intellect). Mégille conclut en disant : «  Mon cher Clinias, après tout ce qui vient de nous être dit, ou bien il faut renoncer à fonder notre cité, ou bien ne pas laisser partir cet étranger, et obtenir tout au contraire par nos prières et par d’autres moyens qu’il collabore à la fondation […] de notre cité » (p. 298).

Pour conclure

Platon vient de jeter les bases d’une cité vertueuse où règne la rectitude totale, tous azimuts. Il définit un Nouveau monde où les héros ne sont plus de souche divine, ne sont plus les enfants des dieux. Une vision de la société faite d’hommes et de fils d’hommes. Platon a manifestement de nombreuses cordes à son arc. Il est philosophe, psychologue (spécialiste de l’âme humaine), politologue, urbaniste, spécialiste en science de l’éducation, criminologue, etc. Il est à la fois un idéaliste qui voltige dans l’au-delà, mais est également un philosophe qui est capable de reconfigurer et de remanier les grandes institutions du monde concret réel. Dans Les lois, il crée un collège de veille qui est sous la direction de l’intellect et où les lois visent l’atteinte de la vertu (la vertu étant définie comme incluant quatre choses : le courage, la sagesse, la justice et la tempérance). Platon ne parvient pas toujours à nous convaincre de la pertinence de sa démonstration qui s’appuie beaucoup trop souvent sur des analogies, la mythologie et même des « doctrines admises » (p. 294).

Au fond, Platon écrit seul son oeuvre. Se dépêchant pour une raison certaine à vouloir parachever sa cité vertueuse et ainsi combattre ses démons intérieurs face à une réalité sociopolitique qui l’accable, il reconnaît aussi les limites du philosophe devant la tâche à accomplir ; il doit accélérer les choses, se détourner des conseils de la sagesse, du moins de manière à imposer une force de loi qui saura rétablir l’ordre. Chose certaine, Socrate n’apparaît pas dans ce récit. Le sage est devenu l’Étranger d’Athènes, quelqu’un de méconnu qui pourtant a été initié à la philosophie. Bien sûr, il ne possède pas la grandeur du maître de Platon, car ce dernier était unique et n’est malheureusement déjà plus. À défaut de mettre à terme les plans de la philosophie, une manoeuvre politique se révèle donc indispensable, éloignant ainsi Platon de sa discipline, afin de fixer concrètement les règles à suivre et les peines à imposer en cas de déviance. L’homme et la femme du moment sont perdus. Ils et elles ont besoin d’être ramené-E-s sur le bon chemin. Il n’est plus temps d’allonger les enseignements. Par un coup d’État, par une révolution contre la tête du gouvernement, le remplacement de l’élite et un retour au régime le plus heureux exposé dans La république deviennent la priorité. Seulement ensuite il sera possible d’éduquer et de garantir la perpétuité de la philosophie, authentique guide pour l’évolution de la cité.

Yvan Perrier
Guylain Bernier
13 décembre 2020
13 heures
yvan_perrier@hotmail.com

[1] Luc Bisson donne à ce « collège » le nom de « Conseil Nocturne ». Platon. 1987. Lettres. Paris : GF Flammarion, p. 154.

Zone contenant les pièces jointes

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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