Édition du 12 novembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec solidaire

Être de gauche implique de construire un parti de gauche

Réflexion sur les alliances électorales

Québec solidaire est pour la création d’une alliance électorale avec les indépendantistes de gauche qui rejettent les politiques néolibérales. La meilleure preuve en est l’histoire de QS, qui est le résultat d’une fusion dont l’une des deux composantes était elle-même le fruit d’une fusion ? Il n’y a pas actuellement au Québec d’autre parti politique indépendantiste de gauche. Le PQ et ON se considèrent eux-mêmes comme « unissant la gauche et la droite » ou « ni de gauche ni de droite » (comme la CAQ d’ailleurs). Les alliés de Québec solidaire se retrouvent plutôt dans les mouvements sociaux et les initiatives citoyennes qui s’organisent à travers le Québec pour protéger les conditions de vie et l’environnement.

Je ne ferai pas ici de bilan en profondeur du virage à droite du Québec organisé par le PQ, de la fragilisation durable de l’éducation et de la santé par les coupures de Pauline Marois, ni de l’accroissement de la dépendance économique du Québec par le projet de libre-échange dont le PQ a été le moteur1. La dernière année a confirmé l’orientation droitière et provincialiste du PQ2, avec le refus de taxer le capital, les coupures à l’aide sociales chez les plus pauvres, la nomination de PKP à Hydro-Québec, les coupures dans les écoles et l’absence de stratégie indépendantiste. Il faut le dire, les politiques concrètes et les décisions du gouvernement péquiste des 20 dernières années sont en concordance avec les politiques du parti libéral3.

En réponse au dernier « article » de P. Dubuc et M. Laviolette « L’adieu de QS à la proportionnelle », il faut réaffirmer que le rejet des alliances électorales par QS est motivé par le mode de scrutin britannique actuel que le PQ veut maintenir. QS ne rejette pas les alliances avec le PQ ou n’importe qui sur des dossiers précis (indépendance, justice sociale, etc.)4. Mais lors des élections, il n’y aurait pas "d’échange de circonscription", c’est le sens de la décision. Avec un mode de scrutin proportionnel, ce type de réflexion se poserait tout à fait différemment.

J’ajouterais que Dubuc et Laviolette, ainsi qu’une certaine frange de la vieille gauche, suivraient le PQ jusqu’en enfer. En garantissant à vie leur appui au PQ, ils ont pour effet de pousser ce dernier vers la droite. Pourquoi aller à gauche si leur appui est acquis, même après 20 ans de coupures, de privatisation et de libre-échange péquiste ? Comme nous le décrivent Dubuc et Laviolette, le PQ n’a qu’à "flasher à gauche" aux élections (avant de tourner à droite au pouvoir) pour ramener les brebis égarées :

"Sous la gouverne de Mme Marois, le Parti Québécois nous a habitués à des revirements spectaculaires. Après des années d’un discours taillé sur mesure pour séduire l’électorat adéquiste, le parti a effectué, à la veille de la dernière campagne électorale, un virage à 180 degrés. (...) Rien n’interdit donc d’envisager, à nouveau, pareil virage ".

Ne peut-on pas dire que le deux membres de SPQ-Libre, dans cette citation, nous décrivent le piège et nous invite à nous lancer dedans ? Dénoncer la construction de la gauche indépendantiste de QS, voilà la seule raison pour laquelle SPQ-Libre, malgré son expulsion officielle, est encore toléré au PQ.

Combien de temps des personnes qui se considèrent à gauche, syndicalistes ou autre, vont-t-elles continuer de soutenir le PQ ? De soutenir P. Marois alors qu’elle dénonçait les syndicats lors de la dernière négociation du secteur public avec « leurs demandes irréalistes » ? La bonne nouvelle, c’est que de moins en moins de personnes vivent sur le fantasme du PQ des années 1970 et plusieurs font maintenant la différence entre leur discours préélectoral et leurs pratiques lorsqu’ils obtiennent le pouvoir.

Un grand nombre de québécoisEs rejettent les vieux partis et cherchent le changement, comme la dernière vague orange l’a démontré au fédéral. La question est maintenant de savoir par où naîtra l’alternative : par la gauche ou par la droite ? Ce pose alors l’urgence pour les mouvements sociaux de s’impliquer dans la construction d’un parti politique de gauche afin de promouvoir et d’établir leur projet de société. Dans le même sens, les alliances de Québec solidaire se retrouvent dans ces forces sociales progressistes qui peuvent mobiliser massivement les 99% pour faire reculer le 1%, pour faire reculer le pouvoir de l’argent et les forces fédéralistes. La mobilisation étudiante puis citoyenne du printemps érable n’est qu’un exemple des possibilités offertes par un peuple qui se met en marche. Que ce soit sur les questions sociales, écologistes ou pour l’indépendance du Québec, pour transformer la société il faudra établir le rapport de force nécessaire par l’implication démocratique du plus grand nombre. La meilleure façon d’y arriver reste la construction et la coordination des mouvements sociaux et de la gauche politique, durant et hors élection. La montée rapide des appuis et du nombre de membres de Québec solidaire ne peut que favoriser cette dynamique.

Sébastien Bouchard,
Co-porte-parole de Québec solidaire Capitale-nationale.

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