Édition du 29 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections québécoises 2022

La CAQ profite des travers du système électoral pour « passer la gratte »

Les vieux partis s’effondrent alors que le tiers des électeur et électrices sont demeuré.e.s à la maison.

Alors que la scène politique québécoise connaît un nouveau creux en terme de taux de participation, à 66,0%, l’effondrement des vieux partis se poursuit. De plus, le système uninominal à un tour fait de nouvelles victimes alors que la CAQ remporte plus de 70% des sièges avec un pourcentage des voix de 40,9%. Les partis d’opposition quant à eux se partagent les restes de la tarte à peu près également alors que QS coiffe les libéraux au niveau des votes (633414 votes pour QS contre 590171 votes pour le PLQ), sans pour autant devenir l’opposition officielle.

* Les chiffres ainsi que les tableaux sont tirés du site du DGEQ.

L’effondrement des vieux partis

Le Parti libéral, parti du grand capital québécois et canadien, passe de 24, 8% en 2018 à 14,3% en 2022. Il perd plus de 411 000 votes et 10 élu.e.s. La chute est moins abrupte pour le PQ qui passe de 17,7% à 14,6%, perd 7 élu.e.s et plus de 88 000 votes. Alors que ces deux partis occupaient la presque totalité de la scène politique il y a une vingtaine d’années à peine, ils comptent aujourd’hui pour moins du tiers de l’électorat à eux deux. Quoi qu’en dise le très jovialiste Paul St-Pierre-Plamondon, le PQ ne fait que retarder un déclin qui semble inéluctable.

Une conséquence des politiques d’austérité et de virages à droite pour ces deux partis qui ont géré le Québec en bons partis néolibéraux qu’ils furent et continuent d’être. Combiné avec les effets toujours palpables de la défaite référendaire de 1995 et d’un mouvement de libération national en fort mauvais état, nous avons tous les ingrédients d’une chute rapide des principaux acteurs de cette période et d’une recomposition de la scène politique québécoise qui se poursuit résolument à droite avec l’émergence des conservateurs.

Une telle recomposition n’est pas unique au Québec. On voit le même phénomène dans plusieurs pays européens, notamment en France là où le PS et l’UMP (ex-RPR) sont presque disparus de la scène politique après les dernières législatives et que se développent de nouvelles mouvances, surtout à l’extrême-droite (France, Italie, Suède, Allemagne, Espagne, Hongrie, Russie, etc.). Certains ont même accédé au pouvoir.

Une direction solidaire frileuse

Dans les recompositions politiques mentionnées, une autre caractéristique se dégage : la gauche qui se développe est celle qui fait preuve d’audace, de remise en question du capitalisme, d’une approche anti-systémique. Podemos à ses débuts en Espagne, la NUPES en France lors des récentes législatives, Syriza en Grèce avant sa capitulation lamentable sont autant d’exemples de partis qui ont fait preuve d’audace, remis en question le fameux TINA (There is no alternative) des néolibéraux et ont offert des alternatives de dépassement du capitalisme et de la crise climatique avec un succès certain. Les partis qui se sont intégrés au système et l’ont géré conformément aux exigences patronales sont quant à eux en voie de disparition.

Lors de la présente élection, la direction GND a choisi, malgré son engagement à conserver l’âme anti-systémique de QS, une approche minimaliste improvisée par la direction et sa garde rapprochée. Dans ce contexte, le parti perd un peu plus de 16 000 votes, passe de 16,1% en 2018 à 15,4% en 2022 tout en ajoutant un.e élu.e de plus. QS obtient malgré tout le plus de votes après la CAQ et devant tous les autres partis ce qui n’est pas rien. Gabriel Nadeau-Dubois peut bien présenter comme positif la résistance de QS à la vague caquiste, il demeure que tous ont bien compris que les objectifs soulevés pendant la campagne (devenir l’opposition officielle, faire des percées dans de nouvelles régions, etc.) n’ont pas été atteints.

Analyse plus en détail du vote solidaire

QS a connu des baisses de votes plus ou moins importantes dans 70 comtés alors qu’il progressait dans 55 circonscriptions. Les plus importants reculs sont, outre la perte sèche dans Camille-Laurin (-7865), dans Roberval (-2149), Lac St-Jean (-2127), Laviolette-St-Maurice (-1842), Champlain (-1510), Drummond-Bois-Francs (-1347), Iberville (-1030), Johnson (-1282), St-Hyacinthe (-1205), Richelieu (-1017) et Arthabaska (-1036). Même des comtés acquis à QS ont connu des pertes comme dans Ste-Marie-St-Jacques (-1535), dans Mercier (-1161) ou dans Taschereau (-1783) sans toutefois remettre en question le statut d’élu.e.s des représentant.e.s solidaires.

Le parti a tout de même connu quelques bonnes performances notamment dans Sherbrooke (+3233), Brome-Missisiquoi (+2702), St-François (+2648), Verdun (+2092), Maurice-Richard (+1706), Jean-Talon (+1601), St-Henri-Ste-Anne (+1578), Viau (+1142), Jean-Lesage (+1086), Mont-Royal-Outremont (+1179), Rimouski (+1511) et Rivière-du-Loup-Témiscouata (+1320). Il a ainsi acquis les comtés de Maurice-Richard et de Verdun et conservé avec des majorité renforcées Jean-Lesage et Sherbrooke tout en tenant à bonne distance ses adversaire dans Taschereau.

Globalement, le parti a connu des reculs dans plus d’une soixantaine de comtés alors que des progrès étaient visibles dans 55 circonscriptions. La majorité de ces reculs ou avancées sont cependant de faible ampleur. Rien n’indique dans ces résultats une crise de croissance du parti.

Des ratés de campagne prévisibles

Attaqué par la CAQ sur les « taxes orange », la direction avait fait le choix d’orienter la proposition fiscale du parti en direction des individus alors que l’approche programmatique des congrès passés de QS privilégiaient davantage la fiscalité des entreprises. Elle prêtait flanc ainsi à la démagogie de la CAQ alors que le débat aurait pu prendre une orientation différente. On n’a d’ailleurs pas vraiment parlé de la fiscalité des entreprises lors de cette campagne, une tâche qui aurait dû incomber à QS.

Par ailleurs, il faut mentionner que dans le dossier de la campagne dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue, l’option de la nationalisation de la Fonderie Horne a été écartée par la direction du parti. La prise de contrôle de la Fonderie Horne par l’État aurait assuré un contrôle public sur la réduction des émissions toxiques de l’entreprise et sa conformité avec les normes en vigueur ainsi que l’assurance que les emplois ne seraient plus dépendant des décisions d’une multinationale qui se préoccupe davantage de ses profits que de la santé des gens. Sans excuser l’odieuse campagne menée par le syndicat affilié à la CSN des salarié.e.s de l’entreprise contre la candidate solidaire, il y a là une autre démonstration que la direction GND a fait preuve d’une frilosité qui a contribué à la défaite du parti.

Une opposition constructive ?

Qu’entend la direction solidaire par opposition constructive ? Pourquoi envisager des partenariats avec la CAQ alors que ce parti a largement annoncé ses couleurs qui vont à l’encontre d’un programme de gauche : privé en santé, capitalisme vert, nationalisme de repli sur soi, inaction sur les féminicides et les enjeux pour les femmes et les premières nations, fuite en avant dans la construction de méga-barrages, etc.? Le discours de GND laisse entrevoir une autre étape vers un recentrage réformiste de QS vers un parti résolument électoraliste, qui abandonne sa posture anti-systémique pour devenir « respectable ». Prendre la place qu’occupait le PQ encore récemment ? Le problème pour toutes celles et ceux qui souhaitent une véritable alternative de gauche est qu’un tel tournant n’est pas une première et que toutes les expériences ont tourné court, entrainant la marginalisation et la disparition des partis sociaux-démocrates de la scène politique de leurs pays respectifs. Que l’on pense au NPD de Thomas Mulcair, au PS de François Hollande, au PASOK en Grèce, à la social-démocratie italienne, tous ont tenté un virage programmatique à droite pensant gagner un nouvel électorat alors qu’au contraire, ils ont plutôt été balayés de la scène.

La direction de QS sera t-elle tentée par une telle opération ? Répondra t-elle à l’appel des sirènes de la "respectabilité" et de la "responsabilité" ? Les militant.e.s de QS seront rapidement confronté.e.s à une réflexion post-électorale lors de laquelle ils et elles devront bien évaluer les risques de poursuivre dans une telle voie.

PS : Si l’abstention formait un parti…

Si l’abstention était un parti reconnu, elle formerait l’opposition officielle de la prochaine législature. En effet, 21 comtés ont vu l’abstention être supérieure au résultat obtenu par le/la gagnant.e. Parmi ceux-ci, 12 appartiennent aux libéraux qui n’obtiendraient ainsi que 9 élu.e.s. La CAQ perdrait 8 comtés ce qui maintiendrait sa majorité à 82 alors que QS perdrait Verdun pour ramener la délégation solidaire à 10 élu.e.s. Le parti abstention deviendrait ainsi l’opposition officielle. Les comtés abstentionnistes sont les suivants : Acadie, Anjou-Louis-Riel, Bourassa-Sauvé, Chomedy, D’Arcy-McGee, Duplessis, Fabre, Hull, La Pinière, Laporte, Laval-des-Rapides, Marguerite-Bourgeois, Marie-Victorin, Mille-Îles, Mont-Royal-Outremont, Pontiac, Ungava, Vaudreuil, Verdun, Viau et Westmount.

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