Édition du 18 février 2020

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Le mercantilisme[1] et l’absolutisme royal

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Le libéralisme est une doctrine économique et politique qui voit le jour en Angleterre et en France aux XVIIe et XVIIIe siècles. Cette vision de la réalité est tantôt en continuité et tantôt en rupture avec le mercantilisme et la physiocratie. Sur le plan économique, le libéralisme prône le respect du marché et de la propriété privée et, sur le plan politique, cette doctrine fait la promotion de la liberté des individus. Le libéralisme réclame la limitation de l’autorité politique et le moins d’interventionnisme étatique en matière économique. De plus, ses promoteurs prônent la sécurisation de l’État.


Le mercantilisme

La période allant du XVIe siècle au milieu du XVIIIe siècle correspond au mercantilisme. Cette période coïncide avec la transition de l’économie féodale à la société industrielle. La fin du XVe et le début du XVIe siècle sont marqués par des grandes découvertes géographiques. L’Europe peut maintenant se lancer à la conquête du Nouveau Monde et amorcer un mouvement de colonisation qui aura pour effet de détourner les courants d’échanges économiques de la Méditerranée vers l’Atlantique. Ce sera durant cette période que verra le jour un commerce triangulaire Europe-Afrique-Amérique. Les marchands (manufacturiers, armateurs et banquiers) sont en pleine ascension durant cette période. Un nouveau type de régime politique se définit. Le régime féodal, caractérisé par un émiettement du pouvoir et la prépondérance de l’aristocratie terrienne, cède la place à l’État centralisateur qui prend la forme de la monarchie absolue (François 1er, Henri VIII, Charles-Quint).

Dans ses conflits avec la noblesse, le monarque s’appuie sur les marchands pour financer la politique royale de cet État moderne doté d’une armée permanente et d’une classe de fonctionnaires.

Les principaux auteurs qui ont contribué à la réflexion économique durant le Moyen Âge traitaient les questions économiques sous l’angle de la morale divine. Les mercantilistes abandonneront cette approche et analyseront la vie économique d’un point de vue de l’enrichissement des marchands et de la puissance de l’État. L’économie cesse dès lors de s’occuper uniquement de l’économie domestique. Elle s’intéressera aussi à la vie de la cité. Montchrestien sera le premier à fusionner les termes d’économie et de politique. Les tenants du mercantilisme entendent proposer des moyens efficaces pour accroître la puissance politique du royaume en s’appuyant sur sa puissance économique.

Les mercantilistes sont en faveur de l’intervention de l’État dans la vie économique. L’État, selon ce courant d’analyse économique, doit soutenir l’activité des marchands et adopter diverses mesures pour orienter l’activité économique vers une balance des paiements excédentaires. Les mesures favorisées par les mercantilistes sont les suivantes : restriction des importations, incitation aux exportations de produits manufacturiers ; prohibition des exportations de produits agricoles ; mesures favorisant les commerçants et armateurs nationaux et incitation au développement des industries à forte valeur ajoutée. Adam Smith, comme nous le verrons dans un autre texte, épousera, en matière d’interventionnisme étatique, un point de vue radicalement différent.

L’absolutisme royal

Au mercantilisme économique correspond l’absolutisme royal. Les États nations naissants s’incarnent dans la personne du monarque qui dispose de pouvoirs importants sur la société. En rupture avec la doctrine traditionaliste de la monarchie de droit divin, Thomas Hobbes (1588-1679) est le premier à avancer une justification laïque du système politique en émergence. Dans Léviathan (1652), il démontre que pour mettre un terme à la guerre de tous contre tous (l’état de nature) les hommes ont décidé, « par contrat », de remettre le pouvoir à l’un d’entre eux. Et ce pouvoir ne connaît aucune limite, il est absolu. Durant le XVIIe siècle, l’Angleterre connaîtra deux révolutions : la guerre civile de 1642 à 1649 et la Glorieuse révolution de 1688. Cette dernière marque l’avènement de la monarchie parlementaire dont le théoricien est John Locke. Locke, à l’instar de Hobbes, est très rattaché au mercantilisme économique, mais contrairement au théoricien de la monarchie absolue, il propose une théorie du pouvoir limité du souverain. Sa théorie s’appuie sur le droit dit naturel. Pour Locke, dans l’état de nature les hommes jouissent de droits. Ces droits sont antérieurs à la société politique. Le contrat social ne peut pas avoir pour effet d’abolir les droits dits naturels. Ils doivent être codifiés et même respectés par le souverain, celui-ci ne pouvant pas agir à sa guise. Le droit positif qu’il produit doit respecter le caractère imprescriptible du droit naturel.

Notre prochain texte sera consacré au théoricien de l’absolutisme royal : Thomas Hobbes.

Yvan Perrier

[1] Doctrine économique des XVIe et XVIIe siècles fondant la richesse des États sur l’accumulation des réserves en or et en argent.

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).

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