Édition du 12 février 2019

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Le blogue de Pierre Beaudet

Les vrais-faux enjeux de l’immigration

Il n’y a que les imbéciles pour être surpris devant les sondages exprimant la « volonté » de la population de restreindre l’immigration et d’arracher le voile aux enseignantes. Depuis des années, les médias-poubelles, Quebecor en tête, font un battage sur la « menace immigrante ». Dans leur tourmente, ils ont emporté le PQ et creusé le lit d’une déferlante de sentiments racistes et xénophobes. Steve Bannon, le grand gourou de Trump, pourrait leur dire « bravo, the job is done ».

Ce même discours est repris avec plus de subtilités par quelques journalistes comme Christian Rioux du Devoir. Dans la grande mouvance nationaliste, le mal a été fait autour du faux débat sur les « valeurs ».

Contre cela apparaît une nébuleuse dite « libérale », qui proclame son attachement au « droits individuels ». Comme si la question des migrations était un choix de personnes. C’est l’approche que j’appellerais de la « mondialisation heureuse », celui de la Banque mondiale et des globaliseurs de tout acabit. Les migrations permettent disent-ils de fournir la « main d’œuvre » nécessaire aux sociétés vieillissantes tout en donnant des « opportunités » aux migrants qui peuvent alors retourner leurs gains dans leurs pays affamés. On masque derrière cette vision en rose la réalité sur le terrain.

De quoi parle-t-on en fait ? Depuis l’expansion du capitalisme au 19ième et au 20ième siècle, des millions de gens ont été forcés à l’exil, à commencer par les esclaves africains qui cultivaient le coton pour permettre à l’industrie anglaise de prendre son essor. Entretemps, on a fait venir dans les Amériques des crève-la-faim de partout en Europe pour repeupler les territoires dans lesquels le colonialisme a perpétré les génocides qui ont décimé les peuples autochtones.

Plus tard entre et après les deux Guerres mondiales, d’autres multitudes ont quitté leurs villes et villages des pays les plus dévasté comme l’Italie, la Pologne, l’Irlande. Ce sont eux qui ont été derrière le boom économique de l’Amérique du Nord, forcés d’accepter des salaires de misère et des conditions misérables.

Et cela continue aujourd’hui avec les masses qui cherchent à quitter coûte que coûte l’Afrique et l’Asie, coincés dans des guerres sans nom et sans fin, la surexploitation illimitée des femmes et des enfants, et des régimes qui la plupart du temps sont sans foi ni loi.

La migration, c’est banalement et tristement cela.

Alors que faire comme dirait l’autre ?

Il est certain que l’humanité a le devoir d’aider ceux qui sont menacés, en commençant par les 100 millions de réfugiés et de déplacés, du Mexique à la Palestine en passant par le Congo ou la Birmanie. Les arguments racistes et xénophobes qui sont répandus par les médias-poubelles et les partis de droite et d’extrême-droite reflètent ce qu’il y a de plus vil dans le monde. On serait 10% ou 20% ou 40% à s’opposer à cela qu’il faudrait le faire, pour maintenir la flamme vacillante de la dignité. Il ne peut y avoir aucun compromis sur cela.

De l’autre côté, il faut combattre les faux humanistes, les partisans de la « mondialisation heureuse », qui feignent d’ignorer que les guerres impérialistes et les entreprises de prédation qui prennent forme sous les traités dits de « libre-échange » ou l’expansion sans limite de l’extractivisme sont précisément ce qui chasse des multitudes sur les routes pleines de soldats et de bandits, comme on le voit au Honduras, au Mexique, en Tunisie et ailleurs.

En étant le grand partisan de la libéralisation commerciale dans les Amériques (dont l’Aléna 2,0 adoptée récemment), l’État canadien favorise l’expropriation et la misère dans les régions rurales où les populations affluent vers les bidonvilles et plus tard, dans des conditions épouvantables, dans les circuits de l’exode organisé par les mafias et les militaires. En participant à cette entreprise de démolition des sociétés du sud, le Canada, les États-Unis et l’Union européenne se trouvent en fait à être à la fois des pyromanes qui allument les feux et des pompiers qui essaient de les éteindre.

Il faut dénoncer ces raconteurs d’histoire qui font dévier les débats comme si « notre problème » était d’accueillir 40 000 ou 50 000 ou 30 000 personnes.

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