Édition du 20 septembre 2022

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Le blogue de Pierre Beaudet

L’élection en Colombie britannique - Une grosse victoire pour Stephen Harper

Mardi soir à quelques heures du résultat des élections, des députés du NPD à Ottawa étaient déjà en train de célébrer. Pendant des mois en effet, les sondages donnaient le NPD gagnant dans cette province qui est la troisième plus populeuse du Canada. Le principal atout du NPD semblait être le rejet d’une majorité d’électeurs face à un gouvernement « libéral » (en réalité conservateur) qui règne depuis 2001 ! Il y a dans cette province un petit Parti conservateur, mais c’est une force négligeable devant le fait que le Parti libéral est la vraie force de la droite. Pillage des ressources, corruption rampante, copinage entre les milieux politiques et les réseaux opaques des élites, alignement sur Harper dans les dossiers les plus importants concernant l’énergie notamment, voilà un gouvernement qui a tout fait pour être vaincu. Mais voilà que l’histoire a tourné autrement au détriment du NPD et de son leader Adrian Dix. Le prix de « consolation », si on peut dire, a été la défaite de la cheffe libérale Christy Clark (contre un candidat du NPD à Vancouver).

L’aveuglement du NPD

Confiant de gagner par « défaut », le NPD a fait une campagne « molle », en évitant de confronter le gouvernement et les milieux d’affaires qui en sont l’ossature. Sur les questions environnementales qui sont importantes en CB, le NPD provincial « inspiré » par Thomas Mulcair si on peut dire a évité de prendre position fermement, bien qu’il se soit opposé, comme la majorité de la population d’ailleurs, aux grands projets de pipelines. Cette ambigüité explique probablement l’élection d’un premier député vert (Andrew Weaver) qui a fait campagne aux côtés de la cheffe fédérale des verts, la députée Élizabeth May. L’analyse des résultats comtés par comtés pourrait révéler l’impact négatif du vote vert sur le NPD.

Un nouveau projet

Les « libéraux » de CB dominent une puissante alliance réactionnaire. Au centre de ce bloc se situent les diverses factions de la bourgeoisie, tant la bourgeoisie provinciale que les secteurs dominants du capitalisme canadien. Pour ces factions, il est important de sécuriser la CB au centre d’un « nouveau » Canada axé sur les ressources et l’ouverture sur le Pacifique. L’« axe » fondamental de l’économie politique se déplace de Toronto vers l’ouest et le nord autour du projet exprimé par Harper pour faire du Canada un « champion énergétique ». Les enjeux sont gigantesques, d’autant plus que la compétition devient féroce entre divers pays aspirant à ce rôle, tenant compte également que les États-Unis sont en train de réinvestir massivement dans leurs propres ressources énergétiques. L’acharnement du gouvernement Harper pour sécuriser les projets Keystone (pipeline vers le sud) et Enbridge-Northern Gateway (pipeline vers l’ouest) est stratégique. Avec le gouvernement « libéral » de BC, Harper peut espérer consolider ses positions.

Un bloc réactionnaire

Mais en CB comme ailleurs au Canada, on ne gagne pas les élections avec la bourgeoisie. Il faut aller chercher de larges secteurs des classes moyennes et populaires, il faut entre d’autres mots un bloc hégémonique. Dans cette province, l’idéologie conservatrice et réactionnaire a une large assise. Les secteurs immigrants composés de petits et de très petits entrepreneurs et commerçants en font partie, en bonne partie à cause de leur haine et de leur peur du secteur public et des syndicats. Les propriétaires de micro entreprises et de micro commerce « ethniques » constituent une clientèle « naturelle » pour la droite, ce que Harper a bien vu en les faisant basculer vers lui au détriment du Parti Libéral que les immigrants appuyaient massivement dans les années antérieures. De manière contradictoire, l’idéologie réactionnaire sert aussi à rameuter les « Blancs » contre la « menace immigrante », avec des accents racistes et évangéliques (anti musulmans) qui ont une portée surtout qu’ils sont relayés par les radios et les imprimés-poubelles qui dominent l’univers médiatique. On ajoute à cela le mépris très présent contre les Autochtones et de manière secondaire mais réelle, contre le Québec, et cela constitue un excellent terreau pour convaincre une majorité de gens que la droite est nécessaire pour bloquer les « barbares ».

L’absence des mouvements sociaux

La CB a eu pendant longtemps une riche tradition syndicale implantée parmi les travailleurs et travailleuses du port, des industries forestières et du secteur public, ce qui explique la persistance du NPD qui a même gouverné la province à quelques reprises. Mais aujourd’hui, cette force est érodée. La mécanisation des installations portuaires a sensiblement réduit la force de travail dans ce secteur. L’industrie forestière est dans une crise larvée. Le « développement » (lire l’accumulation du capital) se concentre sur le rôle de Vancouver comme plaque tournante du commerce vers l’Asie et sur l’afflux de couches immigrantes relativement prospères (en provenance d’Inde et de Chine particulièrement), ce qui change la sociologie de la province. Entre-temps, les syndicats ont échoué à développer de nouvelles alliances, notamment avec la mouvance écologiste qui a beaucoup développé ses capacités récemment. La direction syndicale semble grosso modo attachée à l’idée que les emplois sont dépendants des industries traditionnelles (énergie, forêt, mines), ce qui la met en contradiction avec les écolos, également avec les communautés autochtones. Certes, des secteurs de gauche s’activent à changer cette situation au sein des mouvements, mais ils n’ont pas l’ascendant.

Machiavel poursuit son chemin

Avec les provinces de l’ouest et du centre, la CB reste solidement aux mains de la droite et inévitablement, malgré quelques accrochages ici et là (sur les modalités plutôt que sur le fonds), cela converge avec le projet de Stephen Harper. Celui-ci reste le plan A de la bourgeoisie et des secteurs réactionnaires de la petite bourgeoisie et il faudra un petit miracle pour qu’il soit délogé. D’autant plus que le NPD et Justin Trudeau vont se battre sur le même terrain et donc se neutraliser l’un l’autre.

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