Édition du 22 septembre 2020

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Le blogue de Donald Cuccioletta : « La Gauche américaine en 2020 - Stratégies et perspectives »

« Résultats du « super mardi », la droite du parti démocrate a réagi face à Sanders »

Joe Biden est en tête des délégués et la machine du Parti démocrate est en marche pour arrêter Sanders. Nous voyons depuis deux semaines comment cette stratégie a été mise en place. Il est clair que Mme Warren est la grande perdante. Nous pouvons prévoir que la droite du Parti démocrate, mené par Joe Biden et la direction du parti, va approcher Mme Warren pour connaître ses intentions et pour vérifier si elle est prête à endosser Joe Biden. Mme Warren pourrait même devenir la colistière de Joe Biden, en jouant alors le rôle d’une centriste qui contrebalance un Joe BIden à droite. Cette stratégie de ‘n’importe qui, sauf Sanders » est déjà en marche, et le milliardaire oligarque Bloomberg, qui s’est retiré de la course, fait aussi son travail dans cette stratégie.

Mais la question que nous devons nous poser est la suivante : est-ce que Sanders n’a pas vu cela venir ? Il est évident que Sanders, avec l’expérience de 2016, a anticipé cette stratégie. Pourquoi alors mené une campagne de cette envergure, tandis qu’il savait que la direction du parti ferrait tout pour l’écarter du pouvoir ? Mme Pelosi est sortie de son mutisme la semaine dernière pour dire aux électeurs et aux électrices démocrates que le parti avait en réserve 771 super-délégué.e.s,, qu’ils et elles utiliseront pour s’assurer que le « bon candidat « (en l’occurrence Biden) va gagner. Sanders doit aussi avoir sa propre stratégie.

Il faut retourner à la campagne de 2016 pour comprendre la stratégie de Sanders depuis sa participation dans les élections présidentielles, mais il faut aussi regarder le travail qu’il a fait depuis qu’il a été élu comme maire de Burlington et le représentant de l’État du Vermont. Depuis le début de son militantisme à Burlington, le fond de sa pensé était de créer un mouvement de la gauche pour ébranler la structure politique et électorale. Ce mouvement au début se disait progressiste. Ceci a continué lorsqu’il s’est présenté sur la scène fédérale comme représentant et par la suite comme sénateur du Vermont. Avec la présidence de George W. Bush, puis la faiblesse de la présidence de Barack Obama qu’il avait soutenu, il a perçu l’importance d’adopter un nouveau rôle. La candidature de Hilary Clinton, et ses stratégies pour calomnier le discours et les courriels de Sanders, compromis ce nouveau rôle. Nous avons été alors témoignes de la lutte pour éveiller une nouvelle génération à l’activité politique de gauche. Ceci a réussi, puisque Mme Clinton blâme encore aujourd’hui blâme les Russes et Sanders, pour sa défaite en 2016. Elle accuse présentement Sanders d’être un socialiste enragé qui souhaite détruire la grande démocratie américaine. Il faut dire aussi que le candidat des Clintons n’est nul autre que Joe Biden.

Par ces expériences du passé et les attaques qu’il subit présentement dans cette campagne présidentielle, Sanders comprend que son rôle, indépendamment de la stratégie de la droite du Parti démocrate, est d’attaquer les riches, de maintenir son discours socialiste et d’avancer un programme pragmatique qui correspond aux intérêts des travailleurs et travailleuses. En somme, l’élargissement du mouvement socialiste, qui a connu une renaissance depuis 2016 est plus important sur le long terme que de voir Sanders approcher la présidence.

Le mouvement socialiste s’est élargi depuis 2016 à travers les États-Unis, de l’État de New York jusqu’à l’État de la Californie. Ce mouvement repose sur un travail mené par des militants et militantes socialistes qui se sont engagés dans les groupes populaires, les organisations féministes, Black Lives Matter, dans les communautés noire, hispanophone et asiatique, les étudiants et étudiantes, les syndicats des infirmières, des enseignants et enseignantes et des travailleurs et travailleuses dans l’hôtellerie et la restauration, etc. Depuis l’arrivée de Sanders sur la scène nationale, le mouvement socialiste c’est répandu dans les cinquante états.

Ceci est la stratégie de Sanders pour contrer la droite, démocrate ou républicain, la classe des capitalistes et tous ceux qui servent la bourgeoise. Dans son livre « Political Revolution » il affirme clairement que seul un mouvement de masse des travailleurs et travailleuse peut changer le système électoral américain qui est antidémocratique, et abolir le capitalisme. La stratégie de Sanders et des socialistes dans cette campagne est d’avancer des solutions pragmatiques, tout en gardant à l’esprit qu’il faut surtout élargir et de renforcer le mouvement socialiste aux États-Unis.

La renaissance du mouvement socialiste repose notamment sur une percée au sein de la classe ouvrière. La présence et le succès de Sanders dans les deux élections présidentielles, ainsi que la venue d’Alexandria Ocasio-Cortez ont contribué à faire de l’idée du socialisme un élément de la culture populaire. L’utilisation des médias de masse par Sanders et Ocasio-Cortez a alimenté davantage ce phénomène. Les solutions politiques appuyées sur un socialisme pragmatique ont aussi contribué à la montée en popularité du socialisme aux États-Unis.

Mais l’action centrale dans la renaissance du socialisme aux États-Unis est le rôle joué par les militants et militantes dans la grève nationale des enseignants et enseignantes. C’est aussi le rôle jouer par les militants et militantes membres de la DSA (Democrcatic Socialists of America) pour soutenir la grève des travailleurs et travailleuses de General Motors, les grèves dans le port d’Oakland, et les grèves des infirmiers et infirmières à travers le pays. Cette solidarité ouvrière, conjuguée aux actions prises par les militants et militantes socialistes, ont non seulement contribué a élargir la base des socialistes, mais ces luttes ont avant tout enraciné l’idée du socialisme dans la classe ouvrière.

Si nous retournons à la lutte mène par le mouvement OCUPPY, nous avons déjà été témoins de la stratégie qui mise sur l’éducation de classe (par exemple, avec des séminaires populaires sur l’ouvre de Gramsci). Cette stratégie, employée par ceux et celles qui ont participé à ce mouvement dans deux cents villes à travers les États-Unis, consiste en une éducation populaire dirigée non seulement vers les participants et les participantes, mais aussi à l’ensemble des militants et militantes au sein de la classe ouvrière.

C’est la même stratégie que nous voyons avec la renaissance du syndicalisme radical, soit de proposer des solutions pragmatiques, sans toutefois oublier l’importance d’une éducation populaire de classe.

Ceci est la stratégie employer par Bernie Sanders mais aussi par le mouvement socialiste à tous les niveaux de la structure de gouvernance, (municipal, comté, état et fédérale). Pour le mouvement syndical radical qui s’éveille, c’est la même stratégie, comme pour les groupes populaires actifs dans les quartiers. La ligne directrice n’est pas la présence de Bernie Sanders, mais surtout son discours, qui est le même que celui appliqué par l’ensemble du mouvement socialiste Ce discours est appliqué différemment selon les conditions certes, mais constitue néanmoins une unité de pensée pour détruire le capitalisme.

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