Édition du 31 mars 2020

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Canada

Forages en Nouvelle-Écosse : pour faire des économies, Shell laissera son matériel d’urgence en Norvège

Prouvant une fois encore que le gouvernement Harper est plus qu’heureux de dérouler le tapis rouge devant les compagnies pétrolières au Canada, l’Agence canadienne d’évaluation environnementale a récemment accepté de permettre à Shell un délai de 21 jours pour confiner un puits de pétrole en cas d’éruption sous-marine au large de la côte de la Nouvelle-Écosse.

Tiré du site de Greenpeace Canada.

Dans leur proposition de plan d’intervention en cas de déversement pétrolier, il semble que Shell se plaignait qu’il était tout simplement « trop dispendieux » pour la compagnie de garder l’équipement de confinement à proximité - équipement qui lui permettrait pourtant de confiner une éventuelle fuite bien plus rapidement - et notre gouvernement ... a accepté. Cela signifie que si un puits de pétrole sous-marin explose, la pétrolière sera autorisée à prendre son temps (3 semaines) pour acheminer, à travers l’Atlantique, l’équipement d’urgence, de la Norvège jusqu’à la côte de la Nouvelle-Écosse, pendant que le pétrole pourrait continuer à jaillir tranquillement, et que les Canadiens pourraient assister à une nouvelle marée noire d’ampleur, comme celle qui a souillé durablement le Golfe du Mexique.

Il n’y a pas de quoi s’inquiéter, car une explosion d’un puits pétrolier « est très peu probable » selon Stuart Pinks de l’Office Canada—Nouvelle-Écosse des hydrocarbures extracôtiers, qui doit encore approuver les plans de forage de Shell dans le bassin de Shelburne. Dans tous les cas, Shell nous assure qu’elle a « d’autres méthodes » pour contenir une fuite.

Mais alors, qu’est-ce qui pourrait possiblement mal tourner ? Étant donné les antécédents de Shell en matière de sécurité, je me sens certainement beaucoup mieux.

Comme le soulignait Diego Creimer, porte-parole de la campagne Arctique, dans un récent communiqué de presse : « Shell est reconnue pour son manque d’égard envers la sécurité dans le seul but de faire des profits, comme nous avons pu le constater d’innombrables fois durant ses tentatives infructueuses de forage dans l’Arctique. En 2012, Shell a sorti l’installation de forage Kulluk de l’Alaska afin de se soustraire à l’impôt, et ce, malgré la tempête qui sévissait. La plateforme a fini par se détacher et s’échouer sur une rive dans le sud de l’Alaska. » L’expérience nous a démontré que les soit-disant « très faibles probabilités » peuvent et arrivent parfois.

Étant donné la proximité du bassin de Shelburne des eaux territoriales américaines, il vaut la peine de mentionner qu’aux États-Unis, les opérateurs pétroliers extracôtiers sont dans l’obligation de démontrer qu’ils ont un accès immédiat à l’équipement de confinement en cas d’explosion. De plus, le gouvernement américain a récemment rendu une décision qui obligerait Shell à confiner la fuite d’un puits au large des côtes de l’Alaska dans les 24 heures. Bien sûr, les plans de forage risqués de Shell dans les eaux arctiques n’en sont pas plus sécuritaires, même avec des mesures de sécurités renforcées, mais néanmoins, la différence dans les délais est tout simplement surprenante. En territoire américain, les pétrolières ont 24 heures, au Canada, elles ont 3 semaines. Merci Leona Aglukkaq !

Les Micmacs de la Nouvelle-Écosse ont également signalé leurs inquiétudes par rapport au délai estimé par Shell pour arrêter un jaillissement et ont demandé à ce que le système de tamponnement (capping system) demeure à Halifax, plutôt qu’en Norvège. 

Bien que la demande de délai de 21 jours de Shell pour confiner une fuite de pétrole sous-marine ait été approuvée, son projets de forage ne l’est pas encore. L’Office Canada—Nouvelle-Écosse des hydrocarbures extracôtiers doit encore donner son feu vert à Shell et cette décision devrait normalement tomber cet automne. D’ici là, il nous reste une opportunité de dire à l’Office Canada—Nouvelle-Écosse des hydrocarbures extracôtiers que Shell doit être dans l’obligation de confiner une éventuelle fuite dans un délai beaucoup, beaucoup plus court - et pourquoi pas, immédiatement après que la fuite se soit déclarée.

Envoyez un courriel au Directeur de l’Office Canada—Nouvelle-Écosse des hydrocarbures extracôtiers :

Les déversements de pétrole constituent une menace sérieuse envers les écosystèmes et leurs pêcheries. Le Canada devrait soumettre l’industrie pétrolière aux normes les plus strictes en matière de sécurité et ne pas laisser les compagnies couper les coins ronds. Vous ne pouvez simplement pas faire confiance à Shell quand elle vous dit qu’une explosion de puits dans les eaux canadiennes n’arrivera pas. Si une telle fuite se produit, le gouvernement du Canada doit s’assurer que Shell est capable de la contenir immédiatement.

Envoyez votre message à Stuart Pinks à cette adresse : spinks@cnsopb.ns.ca

Ou appelez ce numéro 902.496.3206 et dites-lui ce que vous en pensez !

* Mark Brooks est le responsable de la campagne Arctique pour Greenpeace Canada et s’occupe des questions de règlementations.

Mark Brooks

Blogueur pour Greenpeace Canada.

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