Le mythe de la bonne guerre
Jacques R. Pauwels
Version originale en néerlandais
Il s’agit probablement du meilleur livre qu’il m’ait été donné de lire sur la Deuxième Guerre mondiale et ses suites. C’est un ouvrage fouillé qui déconstruit les nombreux mythes véhiculés depuis 1945 à travers le cinéma et la littérature états-uniennes sur les réalités de cette guerre contre l’Allemagne nazie. Comme le montre l’auteur, les États-Unis sont entrés en guerre sous la contrainte et leurs riches industriels ont fait des affaires avec le IIIe Reich le plus longtemps possible en prolongeant ainsi la guerre sans grande conscience morale. Ce sont en fait les Soviétiques qui ont affronté l’essentiel des troupes hitlériennes tout au long de la guerre, qui en ont le plus souffert avec environ 27 millions de morts, et qui nous ont finalement libérés des nazis. Vous en apprendrez même beaucoup plus. Un livre à lire absolument !
Extrait :
En ce qui concerne l’élite du pouvoir aux États-Unis, la Guerre Froide s’apparentait, ou du moins s’approchait, de la perfection, mais pas uniquement parce qu’elle était centrée sur l’ennemi « parfait ». La Guerre Froide se révéla merveilleuse, quelle que fut l’identité ou la nature de l’ennemi, tout simplement parce qu’il s’agissait d’une guerre et non de la paix. N’importe quel conflit contre n’importe quel ennemi se révélait être un cadeau du ciel car il permettait de maintenir les dépenses militaires à des niveaux élevés, soutenant ainsi le boom économique produit par la Deuxième Guerre mondiale. Grâce à ce nouveau conflit, l’industrie de l’armement pouvait continuer à fonctionner comme la dynamo keynésienne de l’économie américaine. De surcroît, la principale caractéristique de la Guerre Froide ― l’escalade sans fin de la « course aux armements » ― fournira une abondante source de profits aux grandes entreprises américaines. Et, comme le nouvel ennemi, l’Union soviétique, patrie du communisme, était le vrai ennemi idéologique ― ce que l’ancien ennemi nazi n’avait jamais été ―, la Guerre Froide offrit encore un avantage supplémentaire. Avec un tel ennemi, c’étaient non seulement les communistes américains, mais tous les partisans de changements radicaux, qui pouvaient être discrédités en tant que subversifs « non américains », en tant qu’agents de l’Union soviétique. La Guerre Froide servit à supprimer toute dissidence.
Peut-on voyager encore ?
Rodolphe Christin
J’avais beaucoup aimé le « Manuel de l’antitourisme » de Rodolphe Christin il y a plusieurs années. « Peut-on voyager encore ? » est d’une lecture moins agréable, plus difficile. C’est malheureux, parce qu’il traite de façon recherchée des effets délétères des grands voyages touristiques, mais aussi de bien d’autres incidences négatives du capitalisme sur l’environnement. Il gagnerait à être écrit avec plus de fluidité, mais il vaut tout de même grandement la peine d’être lu.
Extrait :
Face aux enjeux climatiques et sociaux, le système touristique ne devrait pas avoir d’avenir si l’on veut être conséquent et considérer les désastres en cours à la mesure de leur importance.
L’argent
Émile Zola
« L’argent » est le dix-huitième roman de la série des Rougon-Macquart dans l’ordre de rédaction, mais le quatrième dans l’ordre chronologique. On y retrouve de nouveau Aristide Saccard, sans scrupules, lui qui avait amassé une importante fortune dans le précédent roman « La curée ». Brouillé avec son frère, le ministre Eugène Rougon, il conserve toujours ses rêves de gloire. Il met ainsi sur pied une entité nébuleuse, la Banque Universelle, destinée à financer des travaux de grande envergure au Moyen-Orient. Il y attire dans ses filets en les trompant des petits épargnants en quête de profits faciles et rapides. Tout semble se dérouler sans obstacle, de mieux en mieux, alors qu’il gonfle artificiellement la valeur des actions… Le roman s’inspire des événements de l’époque. Des idées en cours aussi. J’ai bien aimé encore une fois.
Extrait :
Ah ! l’argent, cet argent pourrisseur, empoisonneur, qui desséchait les âmes, en chassait la bonté, la tendresse, l’amour des autres ! Lui seul était le grand coupable, l’entremetteur de toutes les cruautés et de toutes les saletés humaines. A cette minute, elle le maudissait, l’exécrait, dans la révolte indignée de sa noblesse et de sa droiture de femme. D’un geste, si elle en avait eu le pouvoir, elle aurait anéanti tout l’argent du monde comme on écraserait le mal d’un coup de talon, pour sauver la santé de la terre.
Du contrat social
Jean-Jacques Rousseau
Je viens de lire cet important essai qui repose dans ma bibliothèque depuis plusieurs dizaines d’années. C’est le texte le plus important sur le sujet qui nous provienne du siècle des Lumières. Selon Rousseau, la justice ne peut se définir comme le droit du plus fort ; s’il en était ainsi, les individus les plus puissants seraient donc toujours les plus justes. La justice consiste plutôt en l’harmonie entre les actes individuels et l’autorité civile. Et les individus ne sont d’ailleurs contraints à agir que si l’autorité est légitime... Pour se protéger, les personnes s’accordent sur une relation contractuelle par laquelle elles s’engagent à accepter diverses fonctions et obligations en échange des avantages de la coopération sociale. Un petit livre de moins de deux cents pages, mais une œuvre monumentale !
Extrait :
Je veux chercher si, dans l’ordre civil, il peut y avoir quelque règle d’administration légitime et sûre, en prenant les hommes tels qu’ils sont, et les lois telles qu’elles peuvent être. Je tâcherai d’allier toujours dans cette recherche ce que le droit permet avec ce que l’intérêt prescrit, afin que la justice et l’utilité ne se trouvent point divisées.
















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