Édition du 16 avril 2019

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Derrière le phénomène de l’extrême-droite

Les récentes tueries en Nouvelle Zélande font suite à des attentats meurtriers perpétrés par des gens identifiés à l’extrême-droite aux États-Unis, en Norvège et ailleurs, sans compter celui qui a frappé des Musulmans à Québec le 29 janvier 2017. On s’interroge sur le sens de ces violences qui sont souvent présentées par les médias comme des cas pathologiques, des actes déraisonnés commis par des personnes instables.

Il y a quelque chose de vrai dans cela, mais je pense que l’argument est un peu court.

Les campagnes à répétition contre des populations stigmatisées ne cessent d’envahir les médias, comme ceux associés au réseau Quebecor. C’est également repris dans une large mesure par Hollywood où la « bravoure » des soldats américains confrontant les « diables islamistes » est célébrée.

Aujourd’hui, le racisme ne s’exprime plus de la même manière. On parle moins de « race » comme telle que de « culture » ou de « civilisation ». Les Musulmans dans la vision néoconservatrice proviennent d’une autre civilisation que la nôtre. Ils ne peuvent respecter nos « valeurs ». Leur mode de pensée et leur style de vie nous sont antinomiques, à moins qu’ils ne choisissent d’abandonner leurs us et coutumes et qu’ils s’assimilent. Le « manifeste » écrit par Brenton Tarrant est explicite à ce sujet. Les Blancs de souche européenne sont envahis par des populations indésirables qu’il devient légitime de tuer, comme dans un jeu vidéo.

Il faudrait être totalement naïf pour ne pas voir que ce néo racisme s’inscrit bien dans la « guerre sans fin » entamée bien avant 2001 par les États-Unis, dans le but, disaient-ils à l’époque, d’imposer une « réingénierie » du Moyen-Orient, zone stratégique s’il en est une du point de vue des intérêts des grandes puissances.

On a donc derrière des évènements sanglants une situation construite, visant à faire des Musulmans des adversaires qui doivent être éliminés ou exclus.

Pour bien comprendre ce qui se passe, il faut cependant remonter plus loin. Quand les pays capitalistes ont entrepris leur « restructuration » sous l’égide du néolibéralisme, il y a déjà 40 ans de cela, le dispositif du pouvoir comprenait bien qu’il fallait changer, non seulement les politiques économiques (privatisation, libéralisation financière, dérèglementation), mais aussi et surtout les mentalités. Le système de pouvoir devait être refermé sous une démocratie restreinte où on se reconnaissait plus comme « citoyens », mais comme « individus », tous-contre-tous, seuls responsables de son avenir.

« La société », disait Thatcher, n’existe pas ».

De facto, l’idée de la solidarité, de la coopération, de l’inclusivité, de la tolérance, devenaient des vestiges d’une idéologie gauchiste dépassée. L’idée que la société, comme un tout organique, devait s’occuper des gens, à commencer par ceux qui sont les plus vulnérables, devenait également caduque, d’où la suppression continue des programmes et des mesures pour rétablir l’égalité (action positive) en faveur des femmes, des migrants, des racisés. Dans les médias poubelles, on présente ces vulnérables sont des « bébés gâtés », irresponsables, dépendants, chialeux, malhonnêtes.

Et de cela prennent racine des comportements d’extrême-droite dont on minimise l’impact ou qu’on trivialise (des pathologies) au lieu de les voir comme des conséquences d’un ensemble systémique où peu à peu, la guerre et l’annihilation d’êtres humains deviennent des faits divers.

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