Édition du 27 février 2024

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

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Le blogue de Pierre Beaudet du 15 août

Avancer

La première semaine de la campagne électorale a permis de visualiser le triste état de l’espace politique au Québec. N’insistons pas (c’est ce que j’ai fait dans les précédentes chroniques) sur la performance lamentable du PQ, empêtré jusqu’au cou dans ses contradictions internes, dans la bonne tradition de ce qu’est devenu ce parti depuis longtemps. Celui qui doit rire dans sa barbe est Lucien Bouchard, dont l’héritage lucide n’en finit plus de hanter Pauline Marois, qui a tellement peur de dire quelque chose … C’est consternant.

En face, le PLQ s’en est tenu à un plan de match mené par une armée de spins grassement payés par ses riches ressources accumulées par le vol, la prédation et la corruption. Il n’y a pas d’erreurs ni de contradictions, surtout que tout débat est soigneusement évité. Avec la complicité des médias, le message est asséné avec une teinte de panique et de peur que Charest tente de distiller dans la population. Au bout de la ligne cependant, le PLQ est sur la sellette. Un chat reste un chat et ne devient jamais un chien : un PLQ corrompu et usé jusqu’à la moelle ne peut être relooké facilement. Mais la bataille n’est pas perdue pour Charest, puisqu’il dispose d’un vote en béton dans certaines communautés culturelles et parmi une partie de la population francophone qui se réveille dans la nuit pour avoir peur du prochain référendum.

Reste la montée impressionnante de la CAQ. Avant Duchesneau, Legault tournait autour du pot. Son programme réactionnaire était rodé pour attirer une partie des classes moyennes, dont les mal-aimés du 450 qui sont aussi des petits et des moyens salariés que les médias-poubelles essaient de convaincre de détester les baby-boomers. Les méchants syndicats, le méchant service public, le méchant État sont ses thématiques (comme Harper et les républicains états-uniens) répétées par les Mario Dumont, Éric Duhaime, Richard Martineau et d’autres mercenaires du Journal de Montréal, de TVA et de V. Avec Duchesneau, tout s’est envolé. Mais attention, le « spin » pourrait être fragile, l’attraction de la CAQ étant plus un reflet du cynisme ambiant que d’une véritable séduction des idées de droite.
On en est donc là et il y a encore plusieurs semaines de campagne qui peuvent changer bien des choses.

Qu’est-ce cela dit à gauche ? À date, la campagne de Québec Solidaire a été bien menée, avec plus de professionnalisme et surtout beaucoup plus de militantEs que lors des années précédentes. Dans certains comtés, cela prend l’allure d’un plan bien structuré. Le programme est clair, inclusif et concentre ses meilleurs arguments sur des questions d’actualité (l’éducation, les ressources naturelles, l’environnement) tout en abordant les thèmes de la justice sociale et de l’indépendance.

La performance d’Amir et de Françoise a été excellente, mais le problème persiste au niveau du semi boycottage des médias (Québécor joue un rôle particulièrement odieux). Reste à savoir si le travail de fourmi au niveau local pourra contrebalancer cette quasi-exclusion de QS de l’espace politico-médiatique.

Il y a d’autres obstacles dont la crainte d’une partie de l’électorat de gauche de « diviser le vote » qui favoriserait le PLQ et la CAQ. L’argument n’est pas imbécile, comme l’a bien expliqué dans le Devoir Bernard Émond. Le monde de gauche sait très bien que le PQ est celui qui peut battre la voyoucratie et son alter-ego caquiste. Certes, cet argument pour le « vote stratégique » est démagogiquement utilisé, notamment par le SPQ-Libre, qui reproduit un discours cynique et fallacieux dans un contexte où le PQ n’est seulement que le « moins pire », et non une véritable alternative. Tout en assurant la défaite de la droite, il faut, c’est aussi important, élargir l’espace de la gauche.

L’avancement du projet incarné par Québec Solidaire en termes de pourcentage et de nombres de votes (passer de 4 à 8-9% et de 100 000 à 250 000 votes) marquerait une étape qui serait davantage visibilisée si 2 ou 3 ou 4 QS étaient élus. En date d’aujourd’hui, cela reste un très gros défi, mais qui n’est pas impensable.

En fin de compte, QS et les mouvements sociaux qui l’appuient misent sur une percée pour saisir l’opinion. La gauche doit devenir autre chose qu’un regroupement de personnes sympathiques qui rêvent de changer le monde ou qui bataillent pour 14 000 causes, pour apparaître comme l’embryon, petit mais dynamique, d’une alternative. Nous disons cela sans illusion ni naïveté, sachant très bien que l’intervention sur la scène politique est une composante d’un travail beaucoup plus large qui est nécessaire pour construire un nouveau projet hégémonique et contester sérieusement l’édifice des dominants.

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