Édition du 17 novembre 2020

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Québec

Royalmount : luxe, écoblanchiment et exclusion

Carbonleo vient de présenter son nouveau complexe Royalmount, pour répondre à la forte opposition que ce projet a entraînée. Tout est maintenant prévu pour faire avaler l’inacceptable. Dans ses publicités, on voit des images dégoulinantes de verdure, un véritable paradis terrestre qu’il fera bon de fréquenter à pied ou à vélo. Curieusement, on y observe très peu de magasins, alors qu’il s’agit avant tout d’un centre commercial.

Tiré du site d’Alternatives.

La compagnie a appliqué avec zèle les principes élémentaires du petit manuel de l’acceptabilité sociale de l’entreprise. Ce qui ne règle en rien les problèmes de base de ce projet monstrueux.

On voit sur les images une vingtaine de tours, dont certaines avec 50 étages de haut, parmi les plus élevées en ville. On cache un stationnement « réduit » à 8180 places (un stationnement souterrain ? Ce serait alors l’un des plus gigantesques au monde…) Tout ressemble à bel oasis de verdure, mais entouré d’autoroutes bondées, congestionnées, avec des voitures crachant leur part de monoxyde de carbone.

Il sera nécessaire d’absorber un important flux de circulation engendré par ces tours à bureaux, commerces, appartements, hôtels. Les efforts prévus pour implanter des mesures d’atténuation routière semblent insuffisants, alors que Carbonleo demande de nouvelles bretelles aux autoroutes 520 Ouest et 40 Est et un élargissement du chemin de la Côte-de-Liesse. Tous ne viendront pas en métro ou à bicyclette, contrairement à ce qu’on voit sur les publicités de la compagnie, surtout pas les consommateurs qui auront les bras remplis des colis qu’ils se seront procurés dans les boutiques luxueuses du nouveau centre commercial.

Parce que c’est bien de luxe dont il s’agit ici. En suivant la piste de l’argent, on se lance dans un parcours révélateur. Carbonleo s’associe à L Catterton Real Estate (LCRE), basé au Connecticut, « la plus grande entreprise de placements privés orientés vers les biens de consommation au monde ». L Catterton est partie prenante d’une des plus grandes firmes internationales du luxe, LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy), dont l’actionnaire majoritaire est celui qui serait en ce moment l’homme le plus riche du monde, Bernard Arnault. Parfums chics, champagne, vêtements griffés, produits pour le 1% les plus fortunés, voilà ce qui a fait la fortune de ce milliardaire.

Bernard Arnault n’est certes pas reconnu pour sa contribution à la répartition de la richesse. Il a été mêlé au scandale des Paradise Papers, qui ont révélé quelques-uns de ses montages financiers pour éviter de payer de l’impôt. Il a aussi largement profité des cadeaux fiscaux du gouvernement Macron qui lui ont permis de faire croître sa fortune de façon exponentielle. Sa tendance à délocaliser la fabrication de ses produits pour aller là où la main d’œuvre est la moins chère a été dénoncée entre autres dans le documentaire Merci patron ! de François Ruffin.

Pas étonnant qu’aucun logement social n’est prévu à Royalmount. Que pourraient y faire d’ailleurs les pauvres dans ce nid de richesses et devant les produits chers qui seront en magasin ? Parce qu’il s’agit ici d’un quartier conçu entièrement par un promoteur privé, une sorte de quartier privé, planifié par des spécialistes du luxe, comme il n’en existe nulle part ailleurs au Québec, avec comme barrières un lacis d’autoroutes et les prix élevés qui y auront cours. Cela prévu sans l’accord des autorités municipales, à l’exception de la petite Ville de Mont-Royal avec son maire Philippe Roy, qui ne fait qu’approuver béatement l’ensemble. Tout peinturé en vert soit-il, est-ce bien le type de développement urbain que nous souhaitons et dont nous avons besoin ?

Il semble de plus en plus clair que ce projet nuisible, mégalomane, torpillant l’offre commerciale de la région de Montréal, servira principalement à stimuler la spéculation sur l’immobilier et à enrichir de prospères investisseurs peu portés à payer de l’impôt, dont le richissime Bernard Arnault.

Déjà plusieurs grues s’activent sur le chantier de Royalmount, pour nous placer devant le fait accompli, même si tous les permis n’ont pas été accordés. Il ne faut surtout pas se laisser impressionner par la campagne d’écoblanchiment de la compagnie. Le projet de Royalmount est toujours aussi inacceptable. Il faut souhaiter que tout soit fait pour le bloquer, malgré la difficulté de la tâche, devant un entrepreneur manipulateur et assoiffé de profits.

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